Message du Ministre aux participants étrangers et français de l'université européenne d'été « Pouvoir et Vie » (Nice, 7-17 juillet 2003)

 

Chers collègues,

 

J'aurais eu plaisir à me trouver parmi vous aujourd'hui. Malheureusement, mes obligations ne me permettent pas de participer aux travaux de votre université européenne d'été, consacrée au thème des relations entre pouvoir et vie. Croyez que je le regrette très vivement.

 

Cette université d'été est remarquable, d'abord, parce que son thème s'inscrit au cœur de nos préoccupations les plus actuelles. De plus en plus, les processus décisionnels font appel à des compétences techniques qu'une minorité réduite de citoyens possède seule. En quoi une décision technique relative, par exemple, à l'autorisation de la mise en culture des organismes génétiquement modifiés, au clonage reproductif, ou encore à la prolongation de la vie, peut-elle être politique ? Le « bio-pouvoir » peut-il s'accorder avec la démocratie et la citoyenneté ? Quelle est la place des philosophes dans la définition des normes éthiques de ce pouvoir ? Telles sont les questions auxquelles vous allez vous confronter. Mais, si votre travail fait une place centrale à la philosophie proprement dite, à la saisie du réel par le concept, il est aussi résolument interdisciplinaire. La philosophie y tend la main à toutes les disciplines des sciences humaines dont la contribution paraît indispensable pour traiter ces problèmes aux enjeux multiples.

 

Cette université d'été est remarquable également par la diversité et la qualité de ses participants. Vous êtes une centaine de philosophes - enseignants, doctorants, chercheurs - de France et de différents pays européens, mais venus en majorité d'Europe centrale et du Sud-est. Beaucoup d'entre vous ont étudié en France, au plus haut niveau. Pour travailler ensemble, parfois même pour enseigner, vous avez fait le choix de la langue française. Vous vous l'êtes appropriée, ce qui vous permet de construire un espace public européen de réflexion et de dialogue, portant sur les problèmes qui nous sont communs ou, plus exactement, que nous ne pouvons affronter qu'en commun. C'est ainsi qu'au fil de ces universités européennes d'été, commencées il y a maintenant dix ans, vous avez fondé un réseau francophone de recherche et de formation à la recherche en sciences humaines, qui porte le beau nom d'OFFRES (Organisation Francophone pour la Formation et la Recherche Européenne en Sciences humaines). Ce réseau, présent dans la plupart des pays d'Europe centrale et du Sud-est, fermement soutenu par le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, exprime à lui seul l'esprit du dialogue indispensable à la poursuite de la construction européenne. Entre les pays d'Europe de l'Ouest, du Centre et de l'Est, il met en œuvre une expérience unique de recherche, d'échanges, de « penser en commun », dans l'attention à la singularité des expériences historiques et à la diversité des traditions de pensée. C'est une initiative exemplaire dont je tiens à vous féliciter.

 

Mes chers collègues, je souhaite plein succès à cette université européenne d'été, ainsi qu'au réseau OFFRES qu'elle contribuera à renforcer. Puisque les Actes en seront publiés, je me réjouis, à défaut de pouvoir me joindre à vous, de pouvoir bientôt prendre connaissance de vos contributions et des comptes rendus de vos débats.

 

Luc FERRY