Association des Chercheurs
Francophones en Sciences Humaines
Centre de recherches
« Fondements de la Modernité Européenne » de l’Université de Bucarest
Université d’Ouest « Vasile Goldis », Arad
Rapport
sur l’Ecole d’été internationale en philosophie
et histoire des idées
« Enseigner l’histoire des idées comme pratique de
la liberté.
Modèles d’explication concurrents dans la pensée moderne »
Avec le soutien financier
de:
L’Ambassade de France en
Roumanie
Le Conseil départemental
d’Arad
Macea, département d’Arad
30 Août – 13 Septembre 2002
Rapport
L’Ecole d’été
« Enseigner l’histoire des idées comme pratique de la liberté. Modèles
d’explication concurrents dans la pensée moderne » est l’aboutissement de
quelques projets en cours, dont le but est de développer un réseau académique
et d’enrichir les curricula dans les Universités roumaines. Les organisateurs,
l’Association Roumaine des Chercheurs Francophones en Sciences Humaines (
L’Association Roumaine des Chercheurs Francophones en Sciences Humaines (
Le Centre de recherche
« Fondements de la Modernité Européenne » (site internet : modernthought.unibuc.ro), créé
en 2001 comme structure autonome de l’Université de Bucarest, rassemble de
jeunes chercheurs et enseignants, dont les thèmes de recherche touchent à la
création en Europe d’un espace intellectuel commun aux débuts de la Modernité.
Le but du Centre est de créer une ambiance intellectuelle pour l’étude de la
culture, des idées, de la science, de la société et de la spiritualité du XVIIe
siècle européen, aussi bien que des périodes qui peuvent être mises en relation
avec celui-ci. Cette ambiance est réalisée par des activités de recherche
intra- et interdisciplinaire, déployées dans des projets individuels ou de
groupe, encourageant le travail en équipe et la dissémination des résultats
dans des modules d’enseignement.
Pour l’école d’été de cette année, nous avons choisi
comme thème général de comparer des modèles d’explication concurrents au XVIIe
siècle dans différents domaines de la pensée. Notre hypothèse de base est que,
au XVIIe siècle, aussi bien en métaphysique, philosophie de la
nature, cosmologie, histoire de l’art qu’en philosophie politique, morale ou
théologie, les penseurs utilisaient différents modèles d’explication, dont la
concurrence a engendré une ambiance intellectuelle particulièrement dynamique
et dont l’impact sur l’évolution ultérieure de la pensée moderne est essentiel.
Au-delà de la découverte des modèles concurrents à
l’œuvre dans l’explication scientifique et philosophique au XVIIe
siècle, il est très intéressant aujourd’hui de donner un aperçu de cette
diversité à un public de jeunes diplômés et de « junior academics »
en sciences humaines, afin de mobiliser les ressources de liberté
intellectuelle de chacun dans la découverte et le maniement d’une combinatoire
de concepts à l’intérieurs de paradigmes différents. C’est pourquoi nous avons
donné à cette Ecole le titre général « Enseigner l’histoire des idées comme pratique de la
liberté ».
En effet, la liberté intellectuelle est une
caractéristique générale de la période que l’on met traditionnellement en
rapport avec les origines de la modernité, une période qui a développé une
multitude d’idées alternatives et de systèmes, que l’on peut voir comme des
espaces de liberté. La moitié du XVIIe siècle est la période liée à
l’émergence de la plupart des concepts scientifiques et philosophiques qui sont
aujourd’hui encore en usage et, en même temps, une période féconde pour des
modèles alternatifs de sociétés ou des modèles concurrents de comportement des
individus. Par rapport à la norme académique courante, nous avons conçu l’Ecole
d’été de façon à fournir du matériel nouveau ainsi qu’une perspective plus
large sur une variété de sujets touchant la philosophie moderne, l’histoire des
idées politiques, l’histoire des sciences, en mettant l’accent sur les
alternatives à la fois au niveau des structures sociales qu’au niveau du
développement des idées. Nous l’avons pensée telle qu’elle puisse indiquer un
champ interdisciplinaire de recherche, en soulignant la pertinence de la
plupart des sujets pour les problèmes contemporains en histoire des sciences,
histoire des idées, philosophie politique, histoire de l’art. De cette façon,
l’Ecole d’été met l’accent sur les voies contemporaines que l’on peut pratiquer
pour comprendre les origines de la modernité, tout en privilégiant de nouvelles
méthodes d’enseignement fondées sur l’interdisciplinarité et sur des cours et
séminaires orientés vers des questions précises.
1.Concevoir de nouveaux cours, à partir des
problèmes exposés
2.Fournir de l’information nouvelle
3.Appliquer des méthodes nouvelles
d’enseignement
4.Pratiquer de façon systématique les
“tutoriaux” (interaction didactique « un à un »)
5.Construire un réseau étendu de jeunes
chercheurs
Pour l’Ecole d’été, nous sommes parti du principe
qu’il est utile non seulement pour les participants, mais aussi pour les
enseignants de constituer une équipe internationale qui puisse apporter sur le
site de Macea une véritable émulation et des horizons nouveaux de recherche et
de formation.
Un autre sujet dont l’importance a
considérablement augmenté ces dernières années, c’est le poids et l’influence
de la philosophie scolastique tardive sur la formation d’une philosophie
moderne au XVIIe siècle. Les recherches ont montré que, loin du
tableau historique figé selon lequel une scolastique essoufflée a cédé la place
à la philosophie mécanique, Descartes a fonctionné comme médiateur depuis les
concepts scolastiques et notamment scotistes vers une métaphysique nouvelle et
une philosophie naturelle fondée sur cette métaphysique. Un pionnier de cette
« nouvelle histoire » de la philosophie,
Le Professeur
Jean-Robert Armogathe, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes,
Paris, un fin connaisseur de l’arrière-plan historique et théologique du XVIIe
siècle, un chercheur de grande envergure intellectuelle, est intervenu dans le
cours D “Modèles théologiques alternatifs au XVIIe siècle”, sur le
thème « Mystiques & hérétiques au XVIIe siècle ».
En outre il a donné une conférence sur « Les philosophies scolastiques de
l'âge classique » et un atelier méthodologique consacré à « Analyse
et synthèse dans la pensée du XVIIe siècle ». Ces contributions
ont été bien précieuses aussi par la quantité de références à des travaux
récents ou en cours, dans lesquels les participants ont trouvés des idées pour
leurs propres démarches.
Le cours A, “Modèles alternatifs de la cité”, a été intégralement (5
séances) à la charge du chercheur roumain Catalin Avramescu, membre de
l’Institut d’histoire de Vienne.
Dans le choix, la construction et les enseignants de ces quatre cours
fondamentaux, nous avons essayé de créer un équilibre entre une direction que
l’on peut appeler de philosophie morale et politique et une autre, que l’on
peut appeler « philosophie naturelle », dans laquelle il faut
comprendre la métaphysique, la théologie et l’épistémologie.
En complément des cours mentionnés,
nous avons bénéficié de conférences données par des chercheurs roumains très
réputés, dont la participation à l’Ecole d’été a été une véritable joie.
Horia-Roman Patapievici a donné une conférence sur l’épistémologie et la
métaphysique rendant possibles la magie de l’Antiquité tardive jusqu’au XVIIe
siècle.
La direction de l’Ecole d’été a été assurée par
les personnes suivantes: Dr.
Nombre de candidatures
De
Bucarest: 20
D’autres villes de Roumanie: 12
D’Europe
Centrale :1
Critères de sélection
Le Jury de sélection (composé de la direction scientifique de l’école) a
utilisé les critères suivants:
1. Eléments du CV en rapport avec l’intérêt
professionnel
2. La motivation du candidat de participer à
un projet concernant la Modernité européenne (lettre de motivation du candidat
et conversation téléphonique)
3. La possibilité de construire un
enseignement nouveau ou un projet de recherche en rapport avec le thème de
l’Ecole d’été
4. La connaissance de la langue étrangère
lui permettant de participer de façon active au programme de l’école
Liste définitive des participants:
A. De Bucarest:
1. Ana-Raluca Alecu
2. Cristina Martha Balinte
3. Eugen Ciurtin
4. Sorana Corneanu
5. Ana-Maria
Datcu
6. Mihnea Liviu George Dobre
7. Andrei Patru Dor Ga
8. Stefan Dominic Georgescu
9. Dan Popescu
10. Adina Geogeta Ruiu
11. Anamaria Schwab
12. Alexandru Liviu Stroia
13. Mihaela Adriana Timus
14. Rares Ilie Zaharia
B. D’autres villes de Roumanie:
1.
Marius Costel
Esi
2.
Noemi Hagan
3.
Silviu Petrica Hodrea
4.
Ana Maria Pascal
5.
Laura Ranca
6.
Valentin Stanga
7.
Loredana Stroe
C. De l’Europe Centrale:
1.
Le château de Macea est un château construit au
XVIIIe siècle par une famille serbe de la noblesse austro-hongroise.
Le château est actuellement géré par l’Université « Vasile Goldis »
d’Arad qui le destine à des activités académiques. Il est entouré d’un domaine
qui est composé pour la plupart d’un jardin botanique très riche. Le château a
connu ces dernières années d’importants travaux de réfection, qui l’on rendu
habitable, même si le confort reste tout de même assez limité. Une quinzaine de
chambres (de 2 à 5 personnes) on abrité participants et enseignants, qui
prenaient les repas dans une salle à manger commune. Les cours et séminaires
avaient lieu dans deux salles différentes, mais aussi, l’après-midi sur le
parvis du château ou bien sur la terrasse.
Par sa position (25 Km de la ville d’Arad), au
milieu d’un village, le château de Macea rend possible une ambiance paisible,
favorable à l’étude et à la vie de campus. Une véritable communion académique,
rythmée par les activités didactiques, les repas pris ensemble, les promenades
dans le parc, les « tutoriaux », devient possible entre enseignants
et participants.
En général, les activités n’avaient pas lieu
parallèlement, à l’exception de quelques séminaires qui, en raison du nombre
élevé d’activités, ont dû être programmés ensemble. Cette double programmation
a parfois engendré des frustrations, aussi, dans le cas d’un projet semblable,
serait-il souhaitable de l’éviter.
La plupart des tutoriaux avait lieu à l’extérieur
du château, soit sur le parvis du château ou sur la terrasse, soit au cours de
promenades à travers le jardin botanique.
Chaque jour, le programme
prévoyait deux heures de travail individuel (dans l’après-midi). Un type
spécifique d’activité était centrée sur les projets des participants, à savoir
un séminaire, dirigé par un modérateur (Brindusa
Palade, Ecole Nationale des Sciences Politiques et Administratives, Bucarest ou
Un des problèmes du choix
de cet emplacement isolé fut le manque de connexion Internet et de courrier
électronique. Ce manque a pu être comblé par des allers-retours dans la ville
d’Arad et par une bonne communication téléphonique avec Mme Isabella Alic,
assistante administrative déléguée par le Rectorat de l’Université Vasile
Goldis d’Arad.
Par les soins du Centre de
recherche « Fondements de la Modernité Européenne », l’Ecole d’été a
pu bénéficier d’un fonds d’ouvrages spécialisés (textes et commentaires), qui a
été transporté de Bucarest au château de Macea, grâce à la gentillesse de M.
Dan Popescu, l’un des
participants. La plupart du matériel pédagogique pour cours et séminaires avait
déjà était prévu par les enseignants et multiplié à Bucarest, avec l’appui du
New Europe College.
Les enseignants avaient apporté en général leurs ordinateurs portables, ce
qui a permis aussi l’échange de livres en format électronique.
Les hôtes de Vasile Goldis se sont donné aussi la
peine de prévoir un ordinateur de bureau, un vidéoprojecteur et un écran, ce
qui a amélioré le caractère interactif des enseignements.
La structure de l’Ecole d’été a été
bâtie autour de quatre cours fondamentaux, comprenant cinq à sept séances de
cours et séminaires et tutoriaux.
Un cours
fondamental était composé :
1. Des séances de cours d’une heure trente. Le cours était
focalisé sur une bibliographie nouvelle, avec un regard critique particulier
sur la problématique. Des cahiers de cours, comprenant des textes et des
éléments de bibliographie étaient à la disposition des participants.
2. Des séminaires de deux heures
organisés soit par le titulaire du cours, soit par un associé de celui-ci, soit
tenus par deux personnes en dialogue, à partir des sujets abordés dans le
cours, soulignant le caractère interdisciplinaire de l’approche ou des méthodes
alternatives de recherche. Les séminaires tiraient parti de la lecture de
textes fondamentaux indiqués dans la bibliographie.
3. Des tutoriaux (interaction
“un à un”) ayant lieu de façon informelle tous les jours de 19 heures à 20
heures. En général, le tutorial était
l’occasion d’approfondir des questions abordées dans le cours ou bien d’engager
un débat autour d’un sujet proposé par un participant à l’enseignant.
Outre ces activités, il y a eu:
4. Une table ronde autour du thème
général de l’Ecole d’été, « Enseigner l’histoire des idées comme pratique de la liberté », où les
enseignants et les participants se sont livrés à un brainstorming sur
l’importance de l’étude de l’histoire des idées pour différentes
spécialités universitaires et sur l’impact de cette discipline sur différentes
méthodes d’enseignement, dans la formation universitaire et post-universitaire.
5. Six conférences (Jean-Robert Armogathe,
Ioan Biris, Mihaela Irimia, Anca Oroveanu, Horia-Roman Patapievici,
Stefan Vianu,
6. Deux ateliers (Jean-Robert Armogathe,
Frédéric de Buzon)
7. Une session
libre, dans laquelle les participants ont été appelés à organiser une formation
de type D.E.A. en histoire des idées. Il y a eu quatre équipes de participants,
qui ont eu comme thème de réfléchir sur leur propre formation de D.E.A., et
d’en proposer une autre, en indiquant à la fois les spécialités enseignées, le
type d’activités didactiques, les méthodes d’enseignement, les formes
d’évaluation, les stages pratiques, la durée, etc. Les équipes ont travaillé
seules, sans aucune aide de la part des enseignants. On a ensuite invité chaque
équipe de choisir un porte-parole qui puisse présenter aux autres participants
et aux enseignants la formation qu’ils avaient construite, en essayant de
convaincre l’auditoire de la choisir.
8. Des séminaires proposés par les participants.
A peu près la moitié des participants ont décidé de faire aussi un séminaire,
qui était modéré par une des deux personnes spécialement appelées à le faire.
Il y a eu les exposés suivants:
A.
B.
C. Rares Zaharia
sur l’autoreprésentation du peintre dans l’art de la Renaissance et du XVIIe
siècle ;
D.
E. Andrei
Gaitanaru, sur le discours mystique au XVIIe siècle et notamment sur
Angelus Silesius ;
F. Stefan
Georgescu, sur l’argument ontologique chez Spinoza ;
G. Mihnea Dobre à
propos de la méthode et de l’ordre chez Descartes ;
H. Dan Popescu sur
l’esthétique de l’art contemporain.
9. Des concours,
organisés les deux derniers jours, qui ont permis d’évaluer, sous une forme
éminemment interactive et non-conventionnelle la faàon dont les participants avaient compris et interiorisé la problématique des cours choisis (deux sur
quatre). Quelques-uns des textes produits par les participants dans ces
concours sont publiés sur la page web de l’Ecole
d’été (rubrique ARCHives de www.arches.ro).
VII. Conclusions
Nous considérons
que, selon la plupart des critères, l’Ecole d’été fut un projet couronné de
succès, dans le sens où elle a montré la nécessité du changement dans les
curricula académiques, et quelques directions dans lesquelles ce changement
pourrait être envisagé. L’intérêt considérable montré par la plupart des
participants fut le critère le plus révélateur. Nous avons été surpris de
constater la façon dont la plupart des participants souhaitaient d’être
associés aux activités de l’Ecole d’été et, à travers cela, aux activités des
groupes ayant organisé l’école. En outre, depuis la fin de l’école,
quelques-uns des participants sont venus régulièrement aux réunions du Centre
de recherche « Fondements de la Modernité Européenne » et se sont
engagés à mener des projets de recherche dans le champ ouvert à Macea. Un
séminaire international, dont le thème est « L’Action chez
Descartes » se tiendra le 15 janvier à Bucarest, qui regroupera des
participants de l’Ecole d’été.