Quels droits pour les sans-droit ? Les dehors de la citoyenneté
Projet d'action de recherche en réseau, 2005-2006

Graciela Ferrás

 

 

Le problème de l'Etat de droit en Argentine: « cacerolazos » et nouvelles formes de subjectivité

 

 

 

Résumé 

 

En Argentine, l'affaiblissement des droits sociaux dans les dernières années a créé une situation d'exclusion, de pauvreté et de marginalisation politique aiguës. Cette situation de désarticulation sociale et de marginalisation concerne autant la figure des « avec droits » que les figures des « sans- droits ». Cet effacement de la limite claire entre ces deux figures est mis en lumière dans les événements du 19 et 20 décembre 2001. Nous nous proposons, dans ce travail, de décrire les différents acteurs (petits épargnants, piqueteros, affamés, etc) des « cacerolazos » de 2001 et de mettre en jeu, à un niveau de la philosophie politique, non seulement les questionnements et limites de l'Etat de droit, mais aussi le concept de « multitude », qui a parfois servi à penser ces événements.

 

 

Introduction

 

Il est certain que le projet Quel droits pour les sans droits. Les dehors de la citoyenneté a effectivement beaucoup de points de contact avec les sujets sur lesquels notre groupe de recherche travaille et qui est coordonnée par la professeur Susana Villavicencio dans l'Institut Gino Germani de la Faculté de Sciences Sociales de l'Université de Buenos Aires. Depuis plusieurs années, notre axe central de réflexion tourne autour du problème des « contours de la citoyenneté », c'est-à-dire des bornes, quelques fois difficiles à délimiter, entre ceux qui sont inclus et exclus de la communauté politique. Nous avons en particulier travaillé sur la formation de l'Etat- nation en Argentine, dans ce qu'elle considérait comme son dehors, ce que nous avons étudié et analysé autour des figures de l'étranger, des femmes, des anarchistes, en quelques sortes: des sans droits. C'est ainsi que l'interrogation principale du projet du CLUJ, telle qu'elle est exprimée dans ses prémisses philosophiques, juridiques et socio- politiques, orientée vers la situation de l'Etat de Droit, ses fragilités et ses fissures, nous semble très proche de la recherche que nous avons envisagé dans le passé, le présent et l'avenir de la figure du « citoyen ».

Ce projet est pour nous l'occasion de nous pencher sur les questions portant sur les droits politiques et sociaux dans le contexte actuel auquel nos sociétés se trouvent confrontées, changeant peut-être les repères de ce que nous étudions sur l'Etat- Nation. Voyons ainsi les effets de l'augmentation de la pauvreté sur la perte de ces droits politiques et sociaux ou bien encore les problématiques de l'exclusion, de la marginalité et la rétraction de l'Etat provoquées par les politiques économiques des années 90.

Je voudrais donc envisager dans cette communication trois aspects importants pour comprendre de manière succincte le problème actuel de l'Etat de droit en Argentine. En premier lieu, je voudrais faire une brève référence au problème de l'Etat de droit à partir de la critique de Carl Schmitt pour mieux comprendre le problème spécifique argentin. Je vais décrire dans un deuxième temps les différents acteurs sociaux  (petits épargnants, piqueteros, affamés, voisins) qui sont apparus comme nouvelles figures de la situation d'exclusion sociale, de pauvreté et de marginalisation politique aiguës en Argentine pendant les dernières années. En rapport avec ces figures les événements du 19 et 20 décembre 2001, c'est-à-dire, des « cacerolazos », sont très significatifs, parce qu'il s'agit alors de nouvelle formes de subjectivité et de pratiques politique. Donc, finalement, je voudrais tenter d'articuler l'importance de l'espace publique, c'est-à-dire, l'action « de prendre la rue » pendant les « cacerolazos », avec le concept de multitude, qui a parfois servi à penser ces événements au niveau de la philosophie politique.

 

Le problème de l'Etat de droit en Argentine

 

Dans les dernières décennies du XXème siècle, nous avons assisté à une transformation économique et socio- culturelle qui remet en question la logique même de l'Etat de droits, en tant que lié aux Etats Nations. La trans-nationalisation, la globalisation ou mondialisation de la politique à travers l'économie et la consommation de technologies culturelles, mettent à mal la souveraineté des Etats Nations (processus de déterritorialisation et reterritorialisation du système politique), en même temps qu'elles génèrent de nouvelles formes de pratiques politiques, liées avec les nouveaux contextes de conflits et de contradictions. Dans ce sens, nous sommes à la fois consommateurs et porteurs de technologies qui nous font appartenir autant aux segmentations de marché, qu'aux réseaux de relations, qui confirment et traversent à la fois les frontières de classe, de nationalité, de genre, de religion, d'ethnie ou d'orientation sexuelle. Soulignons que ces nouvelles formes d'identification s'articulent autour d'expériences communes (telles que la peur, l'exclusion, le danger) mais qu'elles se trouvent également, imbriquées dans un tissu d'inégalités et de différence. 1

C'est ce contexte qui nous oblige à élargir la question "Quels droit pour les sans droit ? Les dehors de la citoyenneté" aux problématiques portant sur la citoyenneté et les droits sociaux des "avec droits". La scène contemporaine paraît alors nous offrir un terrain fertile à la mise en question de l'ordre normatif des Etats et du statut de la citoyenneté qu'il soutient. La problématisation des prémisses philosophiques, juridiques et sociopolitiques autour de "l'Etat de droit" a été clairement exposée par le philosophe et juriste allemand Carl Schmitt. Pour lui, l'Etat de droit sous le pathos libéral est un Etat de "droit privé" où prime l'ordre de la rationalisation économique. Cette proposition s'oppose à la doctrine normative de la philosophie du droit de Kelsen, qui se base pour une part sur l'acceptation du postulat kantien qui veut qu'un système normatif doit maintenir une stricte séparation entre l'être (Sein) et le devoir être (Sollen). Pour Schmitt, l'Etat de droit tel que l'expose la pensée de Kelsen, se réduirait à un pur mécanisme de régulation entre l'être particulier de la compétitivité économique et le "devoir être" universel et abstrait de la norme. Contre cette théorie normative qui sépare l'"être" (émergence) et le "devoir être" (droit), Schmitt signale que le contenu normatif d'une prescription légale ne peut être déterminée que par une décision politique.

 

Le problème crucial du droit serait alors plutôt son efficacité dans une situation concrète que la validité d'un système juridique. C'est l'existence de situations d'Etat d'exception ou de danger concret pour la vie de l'Etat qui l'amène à cette conclusion. Vu qu'aucune norme ne semble pouvoir s'appliquer à une situation anormale, dans un cas de nécessité extrême, (extremus necessitatis casus), l'élément de décision d'ordre juridique "se libère de toute attache normative et devient, dans un sens, absolu", comme il l'écrit dans Politische Theologie (1922). C'est ainsi qu'opposer l'"Etat de droit" à l'"Etat d'exception" semble être, pour Carl Schmitt, une manière d'affirmer que le destin de son époque ne se trouvait pas dans l'économie mais dans la politique, ou plutôt, dans "le politique". "le politique", c'est-à-dire une lutte -l'antagonisme constitutif entre ami et ennemi- plutôt qu'une discussion ou une compétition; en tant qu'Etat plutôt que société; avec un peuple plutôt qu'une masse de consommateurs; en termes de pouvoir et de domination plutôt que de manipulation des masses. Leo Strauss2 a bien montré comment derrière la thèse de Schmitt sur l'inévitabilité du politique se cache la connaissance de et la préoccupation pour le danger que court le politique, face à l'avènement d'un Etat réduit à l'expression d'un simple ensemble de procédés technico- administratifs. Par ailleurs, Giorgio Agamben3 a bien observé que l' "Etat d'exception" - traditionnellement entendu comme un moment 'transitoire' durant lequel est suspendu l'ordre juridique- s'est converti en une forme permanente et paradigmatique de gouvernement durant le XXème siècle.

L' "Etat d'exception"4 reste cependant en étroite relation avec la guerre civile, l'insurrection et la résistance. De plus, si l'on suit la perspective d'Agamben, la "vie nue" tout comme la "norme" ne préexiste pas à la machine bio politique, mais constituent plutôt des articulations de celle-ci. La structure constitutive de l'ordre juridique consisterait alors en cette ambiguïté qui rassemble la vie et la norme, le fait et le droit. 5 Cette lecture peut nous aider à penser la difficulté que suppose l'analyse de la différence entre les figures des "sans droits" et des "avec droits" dans l'actualité, avançant ainsi vers l'idée de "citoyens de droit mais pas de fait". Nous pouvons ici proposer une autre formulation de cette figure: "inclus de droit, exclus de fait".

En Argentine, l'affaiblissement des droits sociaux dans les dernières années a donné lieu à une situation d'exclusion, de pauvreté et de marginalisation politique aiguës. Cette situation de désarticulation sociale et de marginalisation concerne autant la figure des « avec droits » que celle des « sans- droits ». Cet effacement de la limite claire entre ces deux figures est mis en lumière dans les événements du 19 et 20 décembre 2001. Ces événements sont l'expression d'une crise, à la fois, politique, économique et sociale. Les nombreuses formes de protestations sociales ont non seulement provoqaient la chute du gouvernement, mais elles ont également donné le jour à de nouvelles formes de pratiques politiques qui ont mis en question la représentation politique même. Cette crise a été la conséquence pour une part, de l'implantation des politiques néolibérales qui occupent une place de choix en Amérique latine, et ont la particularité d'accentuer ainsi la dépendance des économies régionales à l'égard des marchés extérieurs. Remarquons que ces systèmes de dépendance ont commencé sous les dictatures militaires dans les années '70, surtout en Argentine. D'autre part, ces politiques du droit ont été consolidés par des réformes de l'État dans les années 90', sous des régimes démocratiques cette fois, qui ont entraîné la vente des entreprises publiques et la réduction du nombre d'emplois, provoquant ainsi un bouleversement des identités politiques et sociales.

En Argentine, le modèle néolibéral du président Carlos Menem (1989-1997) s'est accompagné d'une dégradation de la République, c'est-à-dire, de la soumission de tout le pouvoir public au Pouvoir Exécutif, avec des "faux" députés (« diputruchos ») soumis au Parlement, une Cour Suprême de Justice dépendante du Pouvoir Exécutif, des syndicats aux tendances mafieuses, etc. Guillermo O'Donnell6 a analysé notre réalité institutionnelle en terme de démocratie « de basse intensité » ou délégataire, où le pouvoir exécutif exerce un contrôle presque antirépublicain sur les autres pouvoirs, analyses qui sont devenues tout à fait courantes. Donc, on peut en même temps parler d'une démocratie qui serait l'otage du pouvoir financier et, comme l'affirment certains intellectuels argentins, de l'existence d'un déficit de citoyenneté à l'intérieur d'une « démocratie délégataire ».

C'est dans ce contexte que la protestation sociale est devenue en Argentine un ressort politique de plus en plus important, entrant ainsi, d'une certaine manière, dans la normalité politique du pays. Cependant, la protestation sociale a redéfini au fur et mesure les paramètres identitaires de ses acteurs et a donné lieu, par sédimentation pourrions-nous dire, à des situations de crise et de rupture par rapport aux formes de la démocratie représentative.7 Les événements des 19 et 20 décembre 2001 constituent en tous cas l'expression d'une crise du modèle politique dans son ensemble, toute entière ramassée dans le slogan qui a dominé les luttes sociales à partir de là: "Que se vayan todos, que no quede ni uno solo" ("qu'ils s'en aillent tous, qu'il n'en reste pas un seul").8

Si l'on regarde la philosophie politique contemporaine, on peut remarquer que les événements argentins-barrages des « piqueteros » sur les routes, « cacerolazos» (manifestations des classes moyennes au son des casseroles), assaut régulier des épargnants contre les banques, assemblées de quartiers, autogestion d'usines qui ferment, création de réseaux d'économie solidaires (comme le troc), etc.- n'ont pas laissé indifférents les penseurs de la « multitude » et de l'Empire. Le « quilombo » (bazar) argentin, comme l'appelle Antonio Negri et Giuseppe Coco9, symbolise une période d'innovation et d'expérimentations sociales, économiques et politiques, qui constituent quelque chose comme une base pour penser le concept de « multitude ». Cette catégorie de multitude décrit les modes d'action politique, de pensée et de travail au temps du post-fordisme, et souligne en même temps l'existence de contradictions sociales inhérentes à la nouvelle organisation de la production. Sur le plan social, elle fait référence à l'hégémonie du travail immatériel, affirmant le langage comme force productive, et, sur le plan politique, elle regroupe l'action des mouvements sociaux, la pluralité des luttes et des résistances, et toutes les nouvelles formes d'action politique contre les appareils de soumission. De cette manière, les auteurs entendent la multitude comme une théorie des forces productives -comme Jacques Rancière 10 l'a bien souligné--qui, par ailleurs, entre dans le système de l'Empire; en même temps, qu'ils comprennent les lutte des mouvements comme le véritable moteur de l'histoire, pour reprendre les mots de l'argentin César Altamira11. C'est dans la perspective de ces luttes que les « cacerolazos » argentins constituent une « nouvelle patte » pour le « mouvement des mouvements », tel qu'on appelle l'organisation du Forum Social Mondial (Seattle 2000). On peut voir en effet dans ces « cacerolazos » un rassemblement de figures sociales distinctes (classes moyennes urbaines et prolétaires chômeurs de la périphérie) au niveau de la composition des intérêts sociaux, conjugué avec le renversement de toute forme de représentation et la perte de légitimité du pouvoir constitué que rend bien la phrase : "que se vayan todos, que no quede ni uno solo". Pour Negri et Coco, ces événements ont constitué une nouvelle pratique de la multitude: une forme renouvelée d'auto- convocation spontanée des « gens » qui occupent « la rue », mettant en cause la légitimité du pouvoir, avec les assemblées qui constituent une communauté en dehors de quelconque forme de représentation.

S'il est également possible d'appliquer certaines catégories de la philosophie comme « multitude » pour définir ces modes d'être, ces formes de vivre et ces mentalités contemporaines dans un monde globalisé; ces événements, ces figures de la pauvreté, de l'exclusion, de la marginalisation politique et ses résistances, se déclinent d'une façon particulière en rapport à sa situation historique et sa mémoire. Je ne suis pas sur qu'elles correspondent exactement aux figures du « sans droit » : quelles seraient nos « nomades », nos « vie nues » et nos « néo-esclaves » a partir du « cacerolazos » ? Mais, en tout cas, il est une sensation partagée par tous: le sentiment de "traverser une intempérie" que Paolo Virno12 met en relation avec la notion d'angoisse chez Heidegger, qu'il définit comme la sensation de "ne pas se sentir chez soi". En ce sens, les événements des 19 et 20 décembre 2001 montrent bien l'explosion de la "terreur" que susciterait l'absence de repères d'un "état de droit" en déliquescence: il ne s'agit pas de renvoyer le problème de la marginalisation, de la pauvreté, du travail précaire, etc., au problème de l'immigration, mais bien plutôt au problème d'une citoyenneté "de droit, mais non de fait". On peut dire que notre contemporanéité montre plusieurs des « zones grises » dans lesquelles les citoyens sont, de fait, la figure de l'autre, la figure de l'étranger pour l'Etat de droit.

 

 

 

 

Les acteurs sociaux  du « cacerolazos » :

 

1) Les « piqueteros »: c'est le nom donné au mouvement de chômeurs qui naît en 1996 dans la localité Cutral- Co, province de Jujuy. On y assiste au premier barrage routier qui durera plusieurs jours et plusieurs nuits, et qui constitue l'apparition d'un nouvel acteur social sur cette route, théâtre alors de nombreuses activités autour du barrage, fait de pneus en feu: musique, matchs de foot, commerce, tribunes politiques, soupes populaires, etc. Le but de ce genre de protestation est de couper la circulation en général, et plus particulièrement celle des marchandises pour la consommation intérieure ainsi que celles destinées, par voies terrestres, à l'importation et l'exportation, affectant ainsi l'économie dans son ensemble. La base sociale de ce mouvement est très diverses, et remarquons en ce sens que à la mi-2001, il existait déjà plusieurs groupes à l'intérieur de ce mouvement piquetero (FTV, CCC, Bloque Piquetero, Coordinadora Aníbal Verón, Movimiento Teresa Rodríguez). Ceci indique bien la difficulté du mouvement à trouver sa propre définition identitaire et organisationnelle. Remarquons que certains groupes trouvent leur origine dans l'organisation syndicale ou dans le Partido Obrero (trotskyste). Dans ce sens, Federico Schuster (qui a analysé de manière très approfondie les phénomènes de protestation sociale en Argentine avec son équipe de recherche de l'Institut Gino Germani) montre bien comment, même si la représentation syndicale comme groupe de pression et de canalisation sociale est un modèle épuisé, l'intense travail de mobilisation, en Argentine, des syndicats de l'industrie, et surtout des enseignants et fonctionnaires a joué un rôle très important dans l'organisation et le développement de la protestation sociale13 qui arrive à son apogée les 19 et 20 décembre 2001.

 

2) L'autre figure clé du « cacerolazos », c'est-à-dire, les petits- épargnants ou consommateurs: le terme d' « ahorristas » (petits épargnants) désigne les personnes qui ont protesté contre les mesures économiques de rétention provisoire des dépôts en banque pour sauver le système financier que l'on estimait alors en danger de banqueroute et qui pouvaient entraîner des conséquences imprévisibles. Ils n'étaient alors autorisés que des retraits limités d'argent liquide par semaine et des mouvements à l'intérieur du système financier. L'ensemble de ces mesures a été ironiquement appelé le « corralito bancaire » (on peut traduire comme la « nasse » financière). Quelques jours avant le 19 décembre, des commerçants, des chefs d'entreprises, des voisins, des dirigeants et des travailleurs de l'industrie ont commencé à protester avec des casseroles contre ces mesures économiques. S'il est vrai que les "casseroles" comme mode de protestation désigne spécifiquement ces événements, remarquons qu'elles ne constituaient pas une nouveauté totale: on a pu voir les voir en 1998 lors d'une action contre les mesures néo-libérales et les soupçons de corruption qui pesaient sur le gouvernement de Carlos Menem, à l'initiative du parti politique Unión Cívica Radical (UCR) et du Frepaso.14 Cependant, ce qui est nouveau dans le « cacerolazo» de 19 et 20 décembre, c'est la forme politique qu'il prend, en tant que nouvelle forme de subjectivisation politique, dont le dénouement, tour du sort, sera l'expulsion du gouvernement d'alliance formé par ces deux mêmes forces politiques.

 

Le premier « cacerolazo » du 19 décembre (c'était l'été en Argentine) constitue le point de départ d'une journée agitée par des barrages routiers, des pillages, des affrontements avec la police, et des manifestations de voisins et commerçants contre la situation économique, dans des quartiers distingués de la ville de Buenos Aires (Barrio Norte et Belgrano). Vers le soir, la protestation sociale prend un caractère de défi envers l'autorité de l'Etat qui avait déclaré l'Etat de siège.15 Au moment où la rue devient un lieu de liberté d'expression et de réunion, elle est investie par de bruyants ustensiles de cuisine. Les gens sortent dans la rue en tenue légère, en robe de chambre, en pantoufles, etc. Ce fait précis montre bien la spontanéité fondamentale de cet événement. Dans la ville de Buenos Aires, dans la grande couronne autour, à La Plata et à Rosario, les médias interviewent les gens qui marchent vers les principaux centres de rassemblement de chaque zone. Dans la ville de Buenos Aires où je me trouvais moi-même, on entendait le bruit des casseroles depuis les appartements et les balcons. Une grande partie de la population est ensuite descendue dans la rue, rejetant l'Etat de siège, la répression des pillages et la politique économique. A chaque coin de rue, on se retrouvait avec d'autres voisins qui venaient d'autres quartiers, d'autres coins de rue, et nous marchions ensemble vers la Plaza de Mayo, haut lieu symbolique et historique de la protestation sociale pour le peuple, les organismes des Droits de l'Homme, et à partir de là, pour les "gens".

Le 20 décembre au petit matin, la ville montre un visage bien différent: la police a mené une brutale répression au cours de plus de sept heures d'affrontements sanglants sur la Plaza de Mayo. Ce second « cacerolazo », le 20 décembre, regroupait parmi les manifestants, des organisations de chômeurs « piqueteros », des partis politiques de gauche, des organismes de défense des Droits de l'Homme et des associations et syndicats étudiants. Cette journée était finie avec 25 ou 29 morts, 400 blessés, plus de 4000 détenus dans tout le pays, et la démission du Président de la Nation, Dr. Fernando de La Rua. Dans les jours qui suivirent, les coins de rue qui avaient été la scène des réunions et manifestations spontanées au son des casseroles dans les villes les plus importantes du pays qui devinrent les lieux de formation des nombreuses assemblées populaires.

De cette manière, le  « cacerolazo » a rassemblé à des nouvelles formes de participation politique: d'un côté, les casseroles ont constitué l'expression d'une lutte frontale pour récupérer les épargnes confisquées et critiquer le modèle néolibéral, et d'un autre côté, les assemblées de quartier se sont constituées comme formes de protestation et de négociations des conflits. Les assemblées étaient rarement programmatiques ou exécutives, ou bien alors à un niveau très local, et constituaient en même temps, pourrions-nous dire, dans leur exercice de débats et de discussions, tant une expression de la crise de la représentation politique qu'un rejet ou une méconnaissance de toute forme de délégation politique (désaffection). Dans ce sens, la nouveauté de « cacerolazo », c'est qu'il va plus loin que la prise ou le rejet du pouvoir: contrairement aux vieilles formes de représentation politique (les syndicats, les partis politiques, etc), on devine dans ces événements un passage du vote ou des armes, aux casseroles, dont le véto fut la puissance la plus significative. S'il reste souvent difficile pour les acteurs même des  « cacerolazos » de définir le moment précis et la manière dont laquelle se sont constituées les assemblées de quartier au milieu des mobilisations et protestations continues, certains racontent que les assemblées se sont constituées de deux manières distinctes: de manière spontanée, d'un côté, à partir de la rencontre entre voisins dans ces coins de rues "traditionnels" de chaque quartier, qui, au beau milieu de « cacerolazo » de quartier (avant de converger tous et toutes vers la Place) ont commencé à se donner rendez-vous à un lieu et une heure "pour nous organiser et résoudre nos problèmes"; et, d'un autre côté, à travers l'appel de militants de partis de gauche qui, participant également à la manifestation des casseroles, ont collé des affiches anonymes dans les rues annonçant une date et un lieu pour une réunion entre voisins.16 L'information s'est également diffusée par mail et par les médias de communication de masse, au fur et à mesure que les habitants leur faisaient parvenir les horaires et points de rencontre des réunions; ils ont également surgi un grand nombre de forums et de réseaux virtuels de débat et de discussion.

 

 

« Piquetes » et casseroles, assemblées et voisins

 

L'alliance ou l'union symbolique qui s'instaure entre « piquetes et casseroles » dans leur occupation de l'espace public, leur mode spontané de protestation sociale et de formation d'assemblées de quartier étaient une alliance de classes, mais également comme le nom d'une nouvelle subjectivisation.17 Alors que dans le premier sens, les protagonistes s'inscriraient dans les catégories d' "exclus" ou de "classe moyenne", les deux catégories sociologiques de cette réaction. Mais, dans le second sens, « piquete » et « cacerolazo » seraient les noms donnés à une subjectivisation, en tant qu'ils se définissent comme des acteurs sociaux actifs qui ne délèguent pas leur pouvoir. C'est-à-dire qu'on ne peut pas voir la formation des acteurs principales ou des protagonistes. Il s'agissait simplement des « assemblées de voisins ».

Examinons, maintenant, ces questions: s'il existe une figure polémique, c'est bien précisément celle du « petit épargnant » qui, comme consommateur privé et stéréotype de la classe moyenne, revendique la réouverture du « corralito financière », demandant plus de capital, à l'opposé d'une manifestation de résistance contre le capitalisme et ses appareils de soumission. Cependant, ce consommateur privé quand « il occupe la rue » se transforme en « voisin », devient sujet, en un sens similaire à celui du mouvement des chômeurs quand ils occupent la route. Le premier n'est alors plus le stéréotype de la classe moyenne, la masse inerte ou passive, en même temps que le second devient une subjectivité différente de celle de l'exclu en tant que catégorie de la réaction. C'est pourquoi nous pouvons penser, à la suite de Lewkowicz.18, au terme de « voisin » dans les « cacerolazos » comme le nom d'une nouvelle subjectivisation. Dans ce cas, le « voisin » n'est pas simplement celui qui vit « à côté chez moi », ni l'ancêtre du citoyen moderne, qui résidait dans les colonies de l'Amérique espagnole (les Espagnols résidants des Provinces Unies du Río de la Plata qui discutent à propos du gouvernement municipal). Le terme de « voisin » lors et après les événements du 19 et 20 décembre, en tant qu'il exerce son pouvoir et qui ne peut être déléguée au sein des assemblées de quartier, représenterait plutôt, pour ainsi dire, l' « avenir du citoyen ».

Ce qui ressort de cette alliance que nous venons de voir entre « piquetes et casseroles »", ce qui est « commun » aux deux, c'est leur « façon d'habiter l'espace », en particulier, en assemblée. Nous pourrions appeler ceci également, un « agir » de la rue contemporaine. Cette rue minée par la logique du marché (la loi de la consommation) et le retrait de l'Etat- nation comme articulation sociale, qui se défait des vieilles formes de représentation moderne, c'est-à-dire, la rue néolibérale: espace menaçant (fait de peur, d'exclusion et de dangerosité) qui, au même temps, permet ou présente -par sa forme rizomatique- des lignes de fugue. Donc, la « nouveauté » de ces événements est la forme d' « agir » de cette rue néolibérale, un espace pratique de « communalité », un espace commun habitable. Des « cacerolazos » ont fait émerger un autre type de rue, et avec eux, de nouvelles formes de lien social." Les gens", qui constitue une notion différente de celle de "peuple", de masses, ou encore de secteurs moyens, qui n'était qu'un nom néolibéral inactif et désactivant, qui désignait les "consommateurs privés" représentés par les enquêtes (des images virtuelles et médiatiques, sans obligation et n'ayant que des droits), cette notion est devenue « voisin » c'est à dire le produit d'un nouveau mode de subjectivisation. Un mode qui n'approche pas les canons du citoyen en tant que sujet de loi, c'est-à-dire, comme « objet » de la norme, dans le sens classique de la désignation d'un statut juridique à l'intérieur d'un Etat de droit. Mais, le nom de « citoyen » comprend non seulement « le » signifié rigide attaché à l'Etat, mais aussi les noms du « citoyen du monde », des droits universels de l'homme, des processus de subjectivisation et désubjectivisation politiques et finalement le nom d'une résistance contre les appareils de soumission.

Les participants des assemblées de quartier se considèrent eux-mêmes des « voisins », plutôt qu'ayant un statut de citoyenneté traditionnelle ou ils pouvaient être inclus les catégories des nouvelles formes de la citoyenneté des politiques de la différence (noirs, indigènes, femmes, jeunes, professionnels, gays, etc.). Le « voisin » en Argentine -du point de vue du concept de « multitude »-, remettait en cause les formes républicaines de la démocratie, la différentiation entre l'espace public et l'espace privé, entre producteur et citoyen, entre société politique et société civile. Il y a la possibilité, pour penser l'espace démocratique, de partir de la société civile et, de cette manière, il y aura une mise en question du concept même de « société civile » en rapport « dialectique » avec le concept de « société politique ». Le « voisin » est une possibilité, aussi, pour penser une « citoyenneté matérielle »19 entendue celle-ci comme « avoir droit aux droits ». Les « cacerolazos » argentins étaient les "citoyens de droit mais pas de fait" qui revendiquaient le plein exercice de leur citoyenneté comme pleine puissance, c'est-à-dire, son pouvoir non délégatoire. Les casseroles remplacèrent les armes et les votes, mais il n'y avait aucune revendication d'un nouvel acte électoral, aucun objectif de prise du pouvoir de l'Etat. Possiblement, l'exode du pouvoir est la nouvelle forme de résistance comme soutien Negri. Par conséquent, on peut penser que le couple « citoyen- peuple » et « voisin- gens » ou « multitude » opèrent dans des sens différents. Pour les voisins, le pouvoir s'exerce et le sujet qui l'exerce ne le délègue pas: ce qui est singulier dans ce sens chez ce voisin, c'est le caractère de non- délégation de son pouvoir, en tant qu'il se comprend comme un acteur social actif à la différence, cette fois, de la masse.

 

 

Mis a prouve les concepts de la philosophie contemporaine dans les analyses de nos sociétés

 

Pour revenir à la perspective des théoriciens de la multitude, parmi les éléments constitutifs du «quilombo argentin », une des données les plus significatives serait le manque d'alliance tactique et stratégique entre les « piquetes et les casseroles », et de la fragmentation sociale. Une autre particularité serait également, pour eux, la coïncidence entre les nouvelles dimensions ontologiques20 de la production: le travail (immatériel) et la politique de la multitude, résister et produire. L'hypothèse principale de Negri et Coco pour penser les événements argentins autour de la « multitude » est que leurs conséquences existent non seulement la chute du gouvernement mais, en plus, grâce à la négation de quelque forme de légitimité au nationalisme péroniste, c'est-à-dire qu'il y a une politique libérée des mythes de souveraineté. Autrement dit, ils s'intéressent aux relations qui lient le travail de la multitude aux questions de la démocratie et de la modernité. Dans ce sans, en Argentine , la politique de la multitude, selon les auteurs, constitue une institution paradoxale parce qu'elle est inséparable de la lutte. Alors, le concept de multitude reste, d'une certaine manière, en dehors des paramètres de citoyenneté et de souveraineté. On sait bien qu'il existe une tension entre les catégories de peuple et de multitude : le peuple renvoie à une identité qui exige toujours, explicitement ou implicitement, une certaine dialectique; alors que la multitude est une catégorie qui commence toujours sans passé, sa configuration est éminemment circonstanciée et elle opère comme une intellectualité indépendante qui constitue « le commun » en dehors de tout processus de transcendance, et qui ne peut, en aucun cas, trouver l'unité représentative. La contradiction présentée par la multitude est alternative et non dialectique. Dans ce sens, le concept de multitude se différencie de la pensée libérale qui renvoie la multitude à la sphère privée, lorsque la théorie sociale- démocratique a établi la dichotomie collectif- individuel, et cherche, en même temps, à dépasser le débat de la spontanéité des masses versus le parti. Le concept de « multitude » ne prétend pas constituer qu'une simple opération épistémologique mais également un projet ontologique: le désir de communauté; une "désutopie opérante" qui, au niveau ontologique, exprime un moment de rupture qui détruit les déterminations, plutôt que n'en crée.

Ce que nous pouvons remarquer, c'est que les événements contemporains qu'a vécus l'Argentine, s'il peuvent dans une certaine manière se laisser décrire par le concept de multitude, ne cessent jamais de le remettre en question, d'exiger un repositionnement et une critique de ce concept. C'est en cela que nous pouvons remarquer l'importance de l'espace comme celui d'aujourd'hui pour pouvoir s'approcher ces nouveaux concepts qui essaient de décrire notre contemporanéité, et en même temps, partager nos expériences entre pays de la « périphérie » aux Etats de droit fragiles, aux institutions corrompues et aux citoyennetés affaiblies, et ainsi prendre part à la reconstruction même de ces concepts, depuis notre lieu propre.

Nous avons déjà mentionné la consigne déterminante de ces événements: « que se vayan todos, que no quede ni uno solo » qui constitue, dans un certain sens, l'image d'une nouvelle forme de subjectivation politique et qu'on peut penser à parti du concept de multitude. Il est important de signaler ici que le slogan  "el pueblo unido, jamas sera vencido" (uni, le peuple ne sera jamais vaincu) était aussi présent au milieu des drapeaux bleus et blancs et de l'hymne national, comme écho de cette alliance entre « piquetes et casseroles ». Cette consigne déjà « vieille » fait appel à la mémoire collective, c'est-à-dire à la nation historique menée par la multitude lors des événements du 17 octobre 1945 et du Cordobazo en 1969. Dans cette perspective, la victoire de 19 et 20 décembre 2001 est une victoire d'un peuple qui prend la rue sans peur, après la terreur des années de la dictature militaire. Le paradoxe qui exprime bien, pour nous, cette étrange relation entre la « multitude » et le « peuple », est bien souligné pour les paroles du rap chanté par le groupe Actitud Maria Marta (dont font parti des enfants de disparu/es, HIJOS) : « Compatriotes, qui font la guerre au monde entier ». Peut-être devons-nous remarquer, avec Patrice Vermeren21, qu'en Argentine, où le citoyen semble avoir été depuis son origine inadéquat à son concept (conclusion à laquelle nous sommes également arrivés au sein du groupe de recherche dirigé par le professeur Susana Villavicencio22), nous pouvons prendre la rue néolibérale comme un lieu commun habitable et par là même, transformer « l'évidence animale de la faim », « la vie nue », en parole politique, au-delà, et en deçà aussi, de l'Etat de droit, et faire ainsi, de la pure condition de l'humanité, un acte de justice contre tout appareil de soumission.

On peut, alors, se demander si la question philosophique crée l'événement ou si l'événement crée la question philosophique. On peut penser, peut-être, que la lutte comme caractère inséparable de la politique de la multitude en Argentine est aussi inséparable de la practice politique du peuple comme des luttes ou des formes de subjectivation devant la séparation évidente entre l'Etat de droit et la société civile. Donc, est-il légitime d'appliquer la catégorie de multitude au « cacerolazo » argentin? Les faits sociaux et politiques ne sont-ils pas jugés postfactum depuis un espace idéologique ou catégoriel qui, par moment, semble oublier que le mouvement subjectif génère sa propre cause? Que signifie aujourd'hui pour l'Argentine «occuper la rue », retrouver la question d'agir du point de vue politique, avec ces citoyennetés en costume d'arlequin en série, avec ses calendriers d'Etat et avec l'impossibilité récurrente de se constituer en « hétérogénéité organique »?

 

 


1Cf. Silvia Delfino, "Desigualdad y diferencia: retóricas de la identidad en la crítica de la cultura", en Doxa N°18, Bs. As., 1998.
2 Respecto a esta temática, nos interesa destacar en Schmitt, más que la afirmación política como una afirmación moral, la relevancia de "para qué se lucha" y la condición de posibilidad de la lucha, aquello que subyace, siempre latente, que forma y da forma a la política.
3 No es el lugar de discutir que esta idea de Agamben de un "estado de excepción" permanente implica, en cierto sentido, la imposibilidad de un retorno al estado de derecho, un salirse de la relación de violencia y derecho, de poder constituyente y poder constituido. Distinto de Schmitt, quien en el "estado de excepción" veía al poder constituyente, la fuente de la que emana el derecho. Cf. Giorgio Agamben, Estado de excepción, Buenos Aires, Adriana Hidalgo editora, 2005. Trad. Flavia Costa.
4 El estado técnico-administrativo, no es el Estado-nación sino el administrador del control, el biopoder, por lo tanto, el sitio de su operación no es la contradicción de clase. Administra lo fatal y lo inevitable, capaz de intervenir en condiciones de globalización, capital financiero y prestación de servicios, es el "estado de excepción". El estado técnico-administrativo es el operador de la tensión heterogenia entre el flujo financiero y el lazo social. La territorialidad sólida del mundo social entra en confrontación con la desterritorialidad fluida del mundo virtual, entre ambos, el Estado. Cf. Giorgio Agamben, op. cit.
5 Cf. Giorgio Agamben, op. cit.
6 Cf. Guillermo O´ Donnell, "Estado, democratización y ciudadanía" en Nueva Sociedad, Nº128, aussi "¿Democracia delegativa?", en Contrapuntos, Buenos Aires Paidos, 1997, pag.288.
7 Cf. Federico Schuster, German Perez, Sebastian Pereyra y otros, La trama de la crisis. Modos y formas de protesta social a partir de los acontecimientos de diciembre de 2001. Instituto de Investigaciones Gino Germani, Facultad de Ciencias Sociales, Universidad de Buenos Aires, Argentina, 2005.
8 En los cacerolazos se integran las demandas de los ahorristas, con las criticas al capitalismo y con la impugnación de todo el sistema político: "juicio y castigo", "fuera la banda de Nazareno" (CSJ), "no al pago de la deuda externa", "contra los bancos de capital extranjero y contra la dirigencia politica", etc.
9 Cf. Antonio Negri, Giuseppe Coco, Cesar Altamira, Alejandro Horowicz, Dialogo sobre la globalización, la multitud y la experiencia argentina, Paidós, Buenos Aires, 2003.
10 Cf. Jacques Rancière, "Peuple o multitud?", Revue "Multitudes", n°13, juin 2003
11Cf. Antonio Negri, Giuseppe Coco, Cesar Altamira, Alejandro Horowicz, Dialogo sobre la globalización, la multitud y la experiencia argentina, Paidós, Buenos Aires, 2003.
12 Cf. Paolo Virno, Gramática de la Multitud. Para un análisis de las formas de vida contemporáneas, Buenos Aires, Colihue, 2003
13 Cf. Federico Schuster, y otros, op. cit..
14 Como antecedentes más aislados, cabe mencionar que en octubre de 1990 se registró en la provincia de Buenos Aires un cacerolazo realizado por docentes de CTERA en reclamo de mayor presupuesto para educación. Por otro lado, en mayo de 1993, la CONADU, organización gremial de docentes universitarios, organizó un cacerolazo en demanda de mejoras salariales. En ambos casos, la protesta fue utilizada como "inauguración" de planes de lucha. Asimismo, en noviembre de 1997, los vecinos de la ciudad de Cipoletti organizaron un bocinazo y cacerolazo para pedir la renuncia de un cuestionado juez que intervenía en una causa de triple homicidio.
15 Se trata de un derecho especial en conexión con el estado de guerra. En el "État de siège", la autoridad civil se enviste del poder de policía y militar en caso de amenaza externa o rebelión interna.
16 Cf. Federico Schuster, y otros, op. cit..
17 Cf. Ignacio Lewkowicz, op. cit.
18 ver Ignacio Lewkowicz, Sucesos argentinos. Cacerolazo y subjetividad postestatal, Buenos Aires, Paidós, 2002.
19 Cf. Antonio Negri et Giuseppe Coco "El trabajo de la multitud y el éxodo constituyente o el 'quilombo' argentino" en Antonio Negri, Giuseppe Coco, Cesar Altamira, Alejandro Horowicz, Dialogo sobre la globalización, la multitud y la experiencia argentina, Paidós, Buenos Aires, 2003.
20 Explicación de Paolo Virno sobre entender la multitud a partir de un núcleo ontologico: su tesis es que el posfordismo saca a la luz directamente los caracteres de fondo de la especie humana. En el plano ontológico o, como sea, en el plano de las condiciones invariables, constantes, de nuestra especie, de la especie humana, del homo sapiens, se ajusta, al menos en parte, la teoría de la antropología filosófica que dice que el ser humano es, sobre todo, no especializado. Es el más pobre de los animales en relación a su carencia de instintos especializados y no tiene un ambiente preciso, determinado. En general, la cultura, la sociedad, disimuló, escondió esta condición creando formas de especialización para el animal no especializado y creando ambientes artificiales para el animal que no tiene ningún ambiente. Entonces, digamos que cultura y sociedad escondían aspectos distintivos de la naturaleza humana. El posfordismo, en cambio, es la primera sociedad y la primera cultura que no esconde estos aspectos, sino que -por lo contrario- los valoriza, los pone en plena luz. Piensen en la consigna universal, tanto en Argentina, en Italia y en Corea como en Europa del Este: flexibilidad. Flexibilidad en todas las lenguas del mundo significa no especialización. Lo mismo sucede con esta fea palabra: globalización, que tiene, de todas formas, como verdad el hecho que los seres humanos deben vivir abiertamente, explícitamente como esos seres que no tienen un ambiente bien definido. En este sentido, el posfordismo, la experiencia contemporánea, marca quizás una verdadera novedad porque, por vez primera, sociedad y cultura corresponden explícitamente a una condición ontológica.
21 Patrice Vermeren, Le désastre argentin, ou la faute à la mondialisation? (Droits de l'homme et citoyenneté), p. 62-63.
22 Cf. Susana Villavicencio (editora), Los contornos de la ciudadanía. Nacionales y extranjeros en la Argentina del Centenario, Buenos Aires, Eudeba, 2003.

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