Quels droits pour les sans-droit ? Les dehors de la citoyenneté
Projet d'action de recherche en réseau, 2005-2006

Travail en cours. Ne pas citer sans la permission explicite de l'auteur.

Le droit, entre idéalisme et « supra-réalisme »

 

Nicoleta Szabo

 

La philosophie a toujours abordé le droit d'une manière extrinsèque à partir de la morale ou des questions de pouvoir et sa façon de le comprendre a eu comme but son inscription dans un système englobant qui perd de vue son essence intrinsèque, le réduisant au régime d'instrument au bénéfice du pouvoir ou de la construction des utopies philosophico-sociales. L'histoire du droit est l'une des voies possibles de regagner le sens de ce que c'est le droit en lui-même. Les recherches de Michel Villey nous aiderons de mettre en évidence la structure d'essence ou eidétique du droit telle qu'elle se dégage du langage usé par les époques révolues de l'histoire dans ses écritures (les textes philosophiques de l'Antiquité, les manuels et les anthologies de règles juridiques du Moyen Age). La prémisse en est que le langage véhicule des concepts et structures de pensée (les définitions, par exemple) qui traduisent et décrivent l'ordre sociale du point de vue juridique. Etudier s'il y a une constante de sens dans la variation des termes utilisés par nos aïeuls met en cause la manière plurielle selon laquelle on conjugue le droit aujourd'hui : le droit civile, le droit de l'homme, le droit fiscal, le droit pénal, le droit international, etc. Qu'est-ce que c'est le droit ? Il n'est ni le droit objectif, ni le droit subjectif, ni le droit positif. Celles-ci ne sont que des manières de décrire le droit ; elles ne disent point ce qu'il est. D'autre part, la structure de la réalité sociale est pré-juridique. Le droit se place dans un champ d'action circonscrit par la mobilité de la réalité sociale et les différents droits écrits.

Du point de vue du social, le droit a une dimension relationnelle, fonctionnelle et de communication. Il est une relation intersubjective: partager les bons entre plusieurs personnes. Le droit est précisément cette dynamique du partage qui obéit à l'équité non pas à l'égalité des parts (d'où la légitimation de l'inégalité). La compréhension moderne du droit comme attribution des parts et non comme partage (visible dans les théories de Paul Ricoeur, par exemple) signifie que l'on sait d'avance l'étendu et la consistance des parts à attribuer. Or, le droit a à faire avec des parts indéterminées qu'il délimite graduellement, structurant la vie sociale intersubjective. Du point de vue des droits écrits, le droit est un positivisme de mauvaise espèce dont l'inertie est toujours mise en crise par des cas pauvrement réglementés.

Nous nous proposons de dégager l'essence du droit et la manière des post-modernes de la comprendre à partir des textes de Paul Ricoeur sur la sociologie cognitive (car le droit est une façon qu'a l'homme de connaître la vie sociale) et plus précisément sur le paradoxe du politique dont l'autonomie implique la fiction juridique de la légalité et de l'égalité de tous devant tous. La réalité du pouvoir politique se conjugue avec l'idéalité juridique mentionnée. Est-ce le rôle du droit d'être une idéalité de légitimation de l'ordre politique réale? Qu'est-ce que cela nous dit de la nature du droit ? On verra que le droit est aussi une chose réale qui fait vaciller la réalité du pouvoir politique.

 

D'autre part, on s'attardera sur les textes de Jean Baudrillard sur la nature de la société de communication où l'on vit l'injonction d'avoir une identité sociale comme procédé juridique de la dérision et de l'obscénité (le hiper-normativisme du positivisme). Le droit est l'une des dimensions sociales qui nous forcent d'être plus que nous ne le sommes vraiment. C'est l'une des formes d'individuations hiper-réalistes. D'où toutes les modalités de résistance dont témoigne la littérature, par exemple : le livre de Max Frisch, Je ne suis pas Stiller est l'une des remarquables réussites en domaine et dépasse en signification le genre littéraire.

Quelle sera donc la place du droit entre l'idéalisme que lui prescrit Paul Ricoeur et le « supra-réalisme » de Baudrillard ? Y a-t-il un juste milieu entre extrêmes ?

 

Projet DSD | Présentation du projet | Travaux en cours | Nouveautés DSD |

Copyright © ARCHES/DSD 2006