Fragments de convergence vers la guerre: vers quelles guerres et pourquoi?116

Christian DUHAMEL

"Les hommes préferent mourir que penser, beaucoup meurent."

"Les politiques peuvent etre emportées par la vague de fond des logiques militaires. Au fur et a mesure que les malheureux pays s'approchent de l'abîme, les sinistres machines se mettent en branle et deviennent peu a peu autonomes". Winston Churchill.

Identité et altérité117

"Qu'on s'échange des joies dans un commun amour et qu'on haisse d'une seule âme: c'est un grand remede chez les humains" (Eschyle, Les Euménides).Mais un remede a quoi? Au cercle vicieux des représailles qui conduit la cité a sa ruine. Comment restaurer la paix civile? En travaillant sur la haine, mais en la dirigeant de l'intérieur de la cité vers l'extérieur. "La guerre étrangere, oui, toujours a portée de la terrible soif de gloire, mais non un combat de volatiles en cage". (Ibidem).

Pour remédier a nos maux, il nous faut définir un Autre que nous puissions hair et qui nous permette d'identifier le Meme. Et cet Autre sera d'autant plus aisé a définir qu'il nous sera proche puisque sa fonction sera précisément de remplacer cette part du Meme qui nous est haissable ou effroyable et qu'il devra incarner. Alors, l'amour que nous éprouverons l'un pour l'autre sera a la mesure de la haine que nous éprouverons pour notre ennemi commun. L'ennemi a hair s'inscrit au fondement meme de la cité comme il existe au fondement de notre structure psychologique individuelle. Encore faut-il que cet Autre, dont nous aurons besoin pour exister comme Memes, existe. Mais s'il n'existe pas, nous l'inventerons et nous le hairons d'autant plus en tant qu'Autre qu'il sera plus proche de nous. Si nécessaire, nous le choisirons dans notre cercle de Memes. Nous utiliserons pour cela la moindre différence qu'il pourra présenter. La guerre alors simplifie tout, du moins en apparence, car "le conflit est le pere de tous les etres, le roi de tous les etres" (Héraclite).

Pour remédier a nos maux. Mais quels sont nos maux? D'ou vient que notre perception de l'Autre se situe toujours au noud des affrontements d'amour et de haine, et que cet affrontement mene a celui des forces de vie et de mort? C'est précisément au centre de ces affrontements que se forme chez l'enfant, dans sa relation au monde extérieur, sa perception de l'Autre et du Meme, dans une quete incessante mais toujours insatisfaite car l'Autre n'est pas Autre en lui-meme mais uniquement par le besoin que j'ai qu'il soit Autre pour pouvoir moi-meme exister. C'est en cela que l'espece humaine se différencie de l'animal.

On s'interrogera sur les racines psychologiques de cette capacité des hommes a faire converger au plan collectif les forces individuelles de haine et d'amour en des idéologies, mythes ou religions capables d'effrayants carnages a partir d'une (forcément) artificielle, perception des Autres et des Memes. C'est de la construction chez tout etre de cette perception qu'il nous faudra partir. "Pour comprendre la guerre, il faut étudier le cour humain" (Maurice de Saxe)

Le Kosovo comme un berceau

"Le Kosovo est le berceau de la civilisation serbe". Or qu'est-ce que le berceau sinon le lieu primaire ou l'amour et la haine sont impossibles a distinguer, avec précession de la haine sur l'amour118. Il ne s'agit pas de la haine comme envers de l'amour mais de ce que Freud appelle le "stade préliminaire de l'amour"119. Pour Freud, la haine de soi est issue de la libido masturbatoire infantile avec, en conséquence, la force d'autodestruction violente qui va se détourner vers l'extérieur pour éviter que cette violence vers soi-meme ne conduise a l'auto-anéantissement. L'Autre a hair a été détourné de l'intérieur de soi vers l'extérieur avec volonté de mise a mort. Il n'y a pas de violence qui ne soit teintée de libido. La pulsion sexuelle prend la couleur de la haine, mais elle reste sexualisée.

La constante des théories psychanalytiques est que la formation de l'etre humain se trouve, dés les premieres heures de sa vie, a l'interaction violente des forces de vie et de mort, de haine et d'amour. C'est sur cette base que se fonde la différenciation et la perception du Meme et de l'Autre, sans lesquelles la vie peut etre impossible. Construire une étanchéité forte entre ces deux contraires, meme si elle n'est jamais acquise, nécessite de structurer une adhésion sociale. C'est sur cette base que se construit la société humaine. Ensuite viennent les aspects qui intéresseront les anthropologues, sociologues, polémologues, strateges et diplomates. Cette "dialectique eschylienne" (soit la paix a l'intérieur par la guerre étrangere, soit la paix avec l'étranger, mais alors la guerre civile) prolonge, sans solution de continuité, la dialectique du Meme et de l'Autre dans la formation de l'etre humain (soit l'autodestruction psychotique par manque de différenciation du Meme et de l'Autre, soit la haine arrachée de soi pour etre dirigée vers l'extérieur afin de trouver la paix intérieure). Et ce n'est pas tant par stratégie militaire qu'en référence a ce prolongement que certains symboles récurrents comme la destruction des maisons120 ou le viol des femmes apparurent a grande échelle lors de cette guerre d'épuration menée dans le "berceau de la civilisation".

La relation a l'Autre chez d'autres auteurs "post-freudiens":

[Aldo Naouri] et [Boris Cyrulnik] en proposent une esquisse "squelettique et insuffisante", tout en affirmant que le mythe odipien incluant le meurtre primitif du pere par la tribu des freres peut agir comme écran pour cacher la transmission par la mere des affrontements entre force de vie et de mort, affrontements constitutifs et nécessaires pour la formation de l'etre. C'est dans le quadrilatere vie-mort-amour-pouvoir que se noue la relation de tout individu a "l'autre" dans une complexité telle qu'il peut paraître prétentieux d'en dégager les implications, car toute rencontre est un relais de l'investissement maternel duquel on aura voulu s'affranchir sans jamais réussir a en faire le deuil. L'Autre est a la fois celui qui me renvoie ma propre image grâce a laquelle je prends acte de la consistance de mon etre et, a contrario, celui par qui je me sens menacé dans mon existence. L'Autre demeure pour moi celui par lequel je peux me renseigner d'abord sur moi-meme et qui me renvoie a l'échange duel fondateur de l'enfant a sa mere. Vaste programme! Mais qui permet, par cette approche de l'intrication en chacun des forces de vie et de mort héritée de la mere dés la naissance, de réfléchir sur les sociétés, les guerres, morales, religions.

Les rapports a la vie et a la mort, inhérents a chaque individu, sont trop entremelés en lui pour lui permettre d'en entreprendre seul une remise en ordre. C'est le but du mythe: structurer une adhésion sociale avec comme souci d'établir chez chaque individu une étanchéité entre forces de vie et de mort. Nous sommes tous a la meme enseigne: inconscients du processus de violence qui s'est noué en nous et incapables de le remettre en cause sous risque de laisser s'effondrer l'ensemble de l'édifice, nous procédons a des déplacements dans le temps en cherchant en vain a résoudre a la lueur des conditions présentes les occasions que nous avons perdues dans un passé obscur, semblables en cela a celui qui recherche sous le lampadaire sa clef perdue car c'est le seul endroit éclairé, et a des déplacements dans l'espace en agissant avec certaines personnes comme on aurait désiré le faire avec d'autres. La confusion ou la combinaison de l'espace et du temps sont possibles. On assiste alors aux effets d'une violence des plus radicales mobilisant une énergie considérable qui balaie toute barriere pour annihiler son objet. Les pulsions agressives longtemps réprimées au niveau individuel trouvent soudain, dans la conduite individuelle comme dans la traduction sociale, les conditions de leur libération, traduisant un inextricable mélange d'amour et de haine, de soumission et de révolte.

Les stratégies d'évitement de la guerre civile121

Les rites sacrificiels

Le Tout a les propriétés de la Partie élémentaire: Si on admet que le moteur de la guerre est cette dialectique eschylienne et que cette dialectique n'est pas différente de celle a laquelle est confronté chaque individu dans sa tentative désespérée d'assurer sa propre cohérence, alors les violences rituelles tournées vers l'intérieur de la société (vendetta, systeme indien des castes, sacrifices humains, meme symboliques, inquisition, voire ... corrida, combat de boxe ou match de foot, ...) apparaissent comme des exutoires nécessaires pour canaliser les effets de cette dialectique et éviter que celle-ci ne fasse éclater la société. Ils sont "une forme de sublimation, un moyen de mettre la violence au service de la vie, de la canaliser pour mieux la domestiquer, et non de la travestir pour mieux l'assouvir".

Le fondement des rites sacrificiels, meme "pervertis" sous une forme symbolique au point que les sacrifiants ne sont plus conscients du mythe originel, est le sacrifice humain avec mise a mort. C'est parce que Cain ne fait pas a Dieu de sacrifice animal mais végétal qu'il devient homicide en tuant Abel qui, lui, sacrifiait au Seigneur les premiers-nés de son troupeau. Puis Cain malgré (grâce a?) ce meurtre, devient le fondateur d'une descendance a l'origine de tous les arts. Le rite sacrificiel est un facteur essentiel du processus d'hominisation permettant de domestiquer l'affrontement de forces inhérentes a la nature humaine. L'acte le plus sacré est par essence un acte violent et collectif de mise a mort d'un etre humain ou d'un animal humanisé. La victime est un Autre, mais défini comme tel parmi les Memes ou les voisins tres proches. Ni trop proche ni trop lointain. Il s'agit, par un rituel rigoureux neutralisant la violence exprimée, de conjurer "la menace de confusion entre les horreurs de la guerre civile et le geste maîtrisé qui fait jaillir le sang d'une victime sacrificielle." Il s'agit de tuer l'Autre que l'on tient en Soi, son "ça" passé de l'individu a la collectivité. La mort de la victime coincidant avec le retour de la paix, elle sera tenue pour la cause de la paix et pourra devenir un dieu, certes un dieu vorace et assoiffé de sang, et qu'on satisfera périodiquement. Matrice de toutes les religions (Freud), le meurtre rituel est un acte civilisateur, acte violent de moindre violence.122

Et si le roi symbolisait la victime sacrificielle, faisant de la monarchie, meme a notre époque actuelle, un frein au passage a l'acte de la dialectique eschylienne? Qu'aurait été l'Espagne d'apres Franco sans la monarchie? Que serait la Roumanie d'apres le communisme avec la monarchie? Il y avait autrefois dans ce qui est aujourd'hui la Nubie, au Soudan, un royaume dont le roi était élu par l'assemblée des nobles. Quiconque voyait le roi dans une de ses fonctions naturelles (manger, déféquer, copuler,...) était mis a mort. Chaque année, une grande cérémonie publique avait lieu apres l'assemblée tenue hors du roi par les nobles et dont celui-ci ignorait les conclusions. Et pour cause: durant la cérémonie, un "clown" dansait autour du roi assis immobile sur son trône en approchant régulierement un couteau effilé de sa gorge. Selon la décision de l'assemblée, il épargnait le roi ou lui tranchait la gorge.

La vendetta, les castes

Certaines sociétés canalisent la violence interne suivant des rites élaborés organisant la violence entre les Memes et assurant que l'ensemble de la société fonctionne. Il en est ainsi de sociétés (Péloponnese, Albanie, Corse) ou la vendetta tient une large place, mais avec des regles précises a respecter. Ces rites combinent le respect temporel (il y a des mois ou il est interdit de tuer) et de savantes définitions des plus ou moins Memes et des plus ou moins Autres. La déstructuration de ce code peut laisser la violence ainsi contenue exploser soit vers l'extérieur (banditisme, mafias), la morale et le code de respect restent alors restreints au groupe des Memes permettant le fonctionnement du réseau, soit en affrontements de tous contre tous. En Inde, la savante organisation des castes contient et traduit une extreme violence hiérarchisée. Plus on est haut dans le systeme, plus on méprise vers le bas, plus on est bas, plus la violence se tourne a l'intérieur de la caste qui se divise elle-meme en sous-castes hostiles.

Cette nécessité d'affrontements et de regles pour les gérer se retrouve dans notre vie politique démocratique. C'est la lutte qui est premiere et c'est elle qui engendre les programmes. Car la guerre, a quelque niveau qu'elle se situe, a deux fonctions qui interagissent l'une sur l'autre: identificatoire et discriminante. Cette relation dialectique fait que le Meme existe toujours séparément de l'Autre, mais toujours en fonction de l'Autre. Ce sont les memes forces que celles de la guerre qui, en politique, permettent au paysage social de se structurer.

Grecs et Barbares: Platon et les sophistes123

Selon Platon, les guerres entre Grecs ne sont pas de vraies guerres mais des conflits intérieurs, car les Grecs "sont unis par la parenté et la communauté d'origine". L'état normal entre eux est la paix et non la guerre et, en cas de guerre, il faut respecter certaines limites: "Ni dévastation ni incendie, qu'on se borne a enlever la récolte de l'année". Mais c'est différent avec les barbares "qui different par la race et le sang "(République). Chez Aristote aussi, les Grecs sont nés pour la liberté, les barbares pour l'esclavage, (Politique, I). C'est un theme inverse chez certains sophistes: "Rien ne nous distingue entre nous, que nous soyons barbares ou grecs. Nous respirons tous le meme air avec nos narines et nous mangeons tous avec nos mains. "(Antiphon). Sans doute la premiere formulation connue d'antiracisme!

C'est l'erreur de Platon de croire que la guerre est le résultat de l'inimitié due a la nature des choses (les Grecs sont par nature amis entre eux et ennemis des barbares), alors que c'est le besoin de guerre qui crée l'inimitié pour assurer la bonne entente des membres de la communauté. Pour Eschyle le besoin de guerre, est le point de départ de la genese de la différence. Pour Platon, elle est l'aboutissement de l'existence de cette différence. Pour qu'il y ait guerre il faut qu'il y ait différence. Il faut qu'il y ait affrontement entre notions de bien et de mal. Mais affrontement tel qu'il peut transcender nos propres notions du bien au point de nous amener a tuer, détruire, anéantir. Il y a un auto-entretien "circulaire-vicieux" entre montée de la nécessité guerriere et "vraie-fausse" conscience des différences. D'ou l'importance de réelles différences qui serviront de points de fixation a la montée de la haine: religion, langue, couleur, morphologie. Mais ce n'est pas tant le racisme qui crée la guerre que le besoin de guerre - lui-meme lié au besoin d'amour au sein de la cité - qui crée puis entretient le racisme. Ces affrontements sur le terrain des différences dans le tourbillon du cycle des représailles, entraîne un affrontement des certitudes du Bien et du Mal, de l'Autre et du Meme, de la Vie et de la Mort. Il crée "l'étrange volupté de la guerre" que l'on a pu ressentir lors du débat public des intellectuels pendant la guerre au Kosovo. Cela renvoie au sein de chaque individu a l'affrontement archaique de ces notions qui fonde immanquablement sa formation psychologique et culturelle.124

Hitler, l'Allemagne, la guerre, l'antisémitisme nazi125

L'histoire de Hitler illustre une des formes pathologiques des relations entre l'enfant et sa mere et il y a concordance entre les troubles de sa personnalité et les troubles d'identité qu'a connus l'Allemagne entre les deux guerres. Les uns et les autres révelent le rôle fondamental joué par la mere et les archétypes maternels. Cette approche permet d'esquisser un parallele entre inconscient personnel et inconscient collectif.

Le nazisme est la tentative psychotique d'une nation prise au piege et qui veut éviter les choix et les renoncements a quoi la maturité oblige. La crise d'identité issue de la défaite dans laquelle l'Allemagne est plongée se révele durant la bien nommée Grande Dépression. Alors, pour s'en sortir, pourquoi ne pas avoir recours a un maniaco-dépressif?

L'enfant Adolf Hitler, né apres la mort par diphtérie de trois freres ou sours, et dont le pere était né de pere inconnu et avait épousé sa propre niece dans des conditions fort peu "honnetes", n'a pas reçu en héritage psychique de sa mere la "loi symbolique" - le "nom du pere", "l'Autre"- l'obligeant a reconnaître entre elle et lui une séparation. Or cette loi symbolique fonde la capacité a distinguer le réel de l'imaginaire. La seule réalité devient un Moi sans limites pour lequel il ne peut pas y avoir de désir puisque le seul vrai est celui de réintégrer la matrice originelle maternelle, mais une tentative désespérée de jouissance mégalomaniaque dépourvue d'objet réel, sans possible satisfaction. Le maniaco-dépressif est persécuté par ce qui lui manque et dont il n'a pu intégrer l'existence: l'Autre, le différenciateur, le pere, trop présent et trop absent. Il faudra alors faire disparaître celui qui manque en inventant un ennemi "meme et autre", c'est-a-dire un imaginaire embusqué a l'intérieur de soi126 comme une vermine. La se situe le passage de la folie de Hitler a la folie collective d'un peuple: faire disparaître le Meme-Autre, cette cause fantasmatique d'une souffrance réelle. Le Juif, l'Autre au sein de la société, et d'autant plus Autre qu'il tentait avec succes de s'assimiler, sera celui-la. Il ne s'agit pas d'un "détail", mais d'une nécessité vitale, au point que l'extermination, noyau de cette folie, s'étendra hors des frontieres et s'accentuera en pleine débâcle, alors que la défaite devenait de plus en plus certaine. Il fallait retrouver l'état de pureté originelle, la fusion avec le corps de la mere, cette Grande Allemagne nourriciere et protectrice que chacun pouvait incestueusement baiser et qu'un androgyne impuissant menait a la victoire sur un Autre fantasmatique, ce pou qui la détruisait de l'intérieur. L'idéologie nazie est la folie de l'idée d'un homme plongé dans la confusion de l'espace (la guerre expansionniste) et du temps (l'éternité du nazisme) et qui trouva dans une population en plein marasme son terrain favorable. C'est l'extreme logique de cette idée qui permit les premieres victoires. Elle se termina par le suicide de Hitler, précédé par son mariage, symbole d'une différenciation sexuelle jusqu'alors refusée et enfin atteinte dans la mort annoncée par la victoire de l'Autre, ces Russes s'approchant du bunker.

L'évolution de la guerre

"Au 16eme siecle, l'Europe n'a connu que 10 ans de paix, au 17eme, 4 ans seulement, et 16 ans au 18eme siecle. De 1500 a 1800, en 300 ans, l'Europe a connu 270 ans de guerre, avec une guerre nouvelle tous les 3 ans. L'Autriche et la Suede, modeles pacifiques, ont connu pendant ces 3 siecles une guerre tous les 3 ans, l'Espagne tous les 4 ans, la Pologne et la Russie tous les 4 ans."

[Philippe Delmas]

Le Prince a reçu délégation de l'identité d'une société. En qualité de chef des armées et de la diplomatie, il est poussé a la guerre pour maintenir la cohésion de cette société et son regne sur elle. Les rapports de haine et d'amour des citoyens se déplacent alors sur le terrain des rapports entre commandement et obéissance. Ce qui fait le Prince est cette renonciation acceptée ou forcée des droits originels de chacun. L'absolutisme du pouvoir devient le fondement de l'ordre politique et le garant de la paix civile. Il faut obéir a la Loi, parce qu'elle est la Loi et non parce qu'elle est juste (Montaigne, Pascal, Hobbes, Kant, Max Weber, ...).

L'Etat moderne européen apparaît au 17eme siecle avec l'absolutisme monarchique qui élimine les vestiges de l'ordre féodal mis a mal par la transformation du mode de production et l'avancée des techniques manufacturieres et guerrieres. Il monopolise la légitimité de la violence physique, ouvre la voie a la laicité apres les terribles résultats des guerres de religion, et mene sous son monopole les guerres étrangeres. Car la guerre étrangere est nécessaire pour assurer la paix civile. C'est ce qui définit la dialectique eschylienne: "Soit la paix étrangere mais aussi la guerre civile, soit la paix civile grâce a la guerre étrangere". Cette guerre devient le prix a payer pour surmonter les guerres interconfessionnelles de l'époque antérieure. L'Etat moderne vient a l'Etre en meme temps qu'il naît a la guerre. "Les guerres heureuses empechent les troubles intérieurs et consolident la puissance intérieure de l'Etat "(Hegel, philosophie du Droit). "Il faut des haines a la société, les guerres sont bonnes pour cela" (Napoléon).

En meme temps qu'il naît a la guerre, l'Etat-nation naît au monolinguisme. Car si le multilinguisme était chose courante au Moyen Age, le monolinguisme est venu avec la mise en place des états-nations. La langue devait s'imposer comme un élément de différence, le monolinguisme interdisant la parole entre peuples en guerre. En résumé certes succinct: l'essence des guerres de religions était de rechercher l'Autre au sein des Memes, pour permettre a la société d'exister par de fréquents rites sacrificiels127, qui furent pris dans une folie incontrôlable, menaçant la société d'implosion. L'etat-nation, prélude a la marche vers la laicité apres les ravages des guerres religions, définit une société nouvelle, mais en recherchant l'Autre non plus a l'intérieur des Memes, mais par la guerre avec l'étranger. L'étranger devient plus facile a définir comme Autre s'il est impossible de se comprendre par la parole avec lui. Le monolinguisme s'impose et les langues régionales sont combattues.

Les deux guerres mondiales marquent la fin du cycle des guerres nationales. Les états ne subsistent plus que sous forme précaire a l'ombre des superpuissances sous un régime de souveraineté limitée et avec la menace nucléaire d'une puissance dissuasive. Quelles sont alors les forces centrifuges qui vont s'exercer au sein des états-nations? Puis la bombe atomique, la haute technologie destructrice, la guerre froide et l'implosion des idéologies communistes. La mondialisationn de l'économie et du droit, devenant meme droit d'ingérence, fait perdre a l'Etat sa légitimité, tant aux yeux des autres Etats qu'a ceux de ses propres citoyens. Ou trouver désormais l'ennemi extérieur? Nous assistons a la fin du cycle des guerres nationales, lorsque l'Etat-nation n'a plus qu'une forme précaire a l'ombre d'une superpuissance. Nous entrons dans le cycle des guerres civiles faites d'illusoires définitions identitaires toujours en quete de la définition duale de l'Autre et du Meme.

Mondialisme, Désordre, Avant-guerre civile128

"On ne peut tromper la violence que dans la mesure ou on ne la prive pas d'exutoire, ou on lui fournit quelque chose a se mettre sous la dent".

(René Girard)

Si l'ennemi est le ciment de la collectivité, sa disparition ne peut rester sans effet sur la cohésion de cette collectivité. L'insécurité se déplace de la périphérie vers le centre. Dans la logique de la haine tournée vers l'extérieur, le Meme devient Autre. Et d'autant plus facilement qu'il est plus proche des Memes, qu'il en est leur double, leur alter ego. Si on ne sait plus ou finit le Meme et ou commence l'Autre, s'estompe la frontiere entre la paix et la guerre. Chacun se replie sur son plus petit particularisme. La disparition de l'ennemi externe entraîne celle du pacte social. Mais alors le désordre de la société peut devenir la condition meme de l'ordre global ou tout au moins du maintien de la relation de pouvoir, pour autant que ce désordre reste sous contrôle des gouvernants. Du désarroi meme de cet effondrement de l'ordre résulte une relégitimation du pouvoir qui apparaît comme l'ultime rempart contre le triomphe du désordre. L'Etat tire sa légitimité de la lutte contre la délinquance. L'ordre vient par le désordre que le pouvoir ira jusqu'a encourager. C'est l'existence meme de nombreux antagonismes au sein de la société qui empeche la transformation de tels antagonismes en guerre de tous contre tous. Avec périodiquement de brusques effets de rassemblements enfiévrés et destructeurs qui restent contrôlables et prouvent meme la nécessité du pouvoir, tant qu'ils restent des affrontements d'une partie de la population contre une autre sans entraîner de remise en cause du pouvoir central.. C'est l'absence de consensus qui fonde le consensus. Antichambre de la guerre civile, le mondialisme et son cortege (chômage, insécurité, réseau de délinquance, épidémie, sectes, ...), mais avec ses moyens sophistiqués de contrôle, n'est pas pour autant lui-meme assimilable a la guerre civile, bien qu'il en réunisse tous les ingrédients. Avec le mondialisme de l'économie et du droit, les états-nations perdent leur véritable autonomie et, aux yeux de leurs citoyens comme sur l'arene internationale, perdent leur légitimité. L'Etat ne peut gérer ou organiser le désordre pour mieux régner que pour autant qu'il conserve sa légitimité. Sinon il sera dépassé par les germes semés. Les crises de légitimité deviennent, dans cette dialectique eschylienne, les clefs des guerres a venir.

Philosophie et idéologie129.

La suppression des états peut-elle etre le prélude a l'instauration de la paix? "L'ennemi est inhérent a la vie politique en tant qu'il est une manifestation de puissance fondée sur l'antagonisme des volontés, quelque soit les prétextes de l'enjeu: idéologie nationaliste ou universaliste" [Julien Freund]. "Il y a d'abord les rivalités de puissance, inséparables de la nature humaine, ensuite les idéologies leur servant de prétexte, enfin il y a les particularismes que suscitent les idéologies." [Eric Werner]

Ce ne sont pas directement les particularismes qui créent le risque d'hostilité, mais les idéologies qui se greffent sur eux et les utilisent pour les pousser aux extremes: c'est la différence en tant que parasitée par les discours sur la différence, qui pousse a la guerre. L'idéologie est la tentation de la philosophie de se créer une bonne conscience. Toute philosophie porte en elle le risque de prolongement ou dérapage en idéologie, qui est la logique d'une idée (Hannah Arendt), l'idée réduite a sa propre logique, le basculement de la philosophie dans la folie de tentation universelle. Folie qui n'est pas l'absence de raison, mais la raison en vase clos ne se nourrissant plus que de sa propre logique quitte a faire abstraction de la réalité: "Le parti a toujours raison, meme quand il a tort". Marcher devient une fin en soi avec la nécessité de s'annexer sans cesse de nouveaux domaines et, a terme, fatalement, le passage a l'acte: la prise du pouvoir. Périsse le monde pourvu que triomphent mes principes au bout de mon raisonnement. L'idéologie est une colonne en marche, il lui est impossible de s'arreter. Tout moyen sera justifié par l'objectif et la volonté d'éternité sait largement distribuer la mort, comme l'expriment les références récurrentes a la volupté de donner la mort, but ultime du pouvoir de certaines idéologies exaltant la différence: Insigne en tete de mort des SS, "Viva la muerte" des franquistes, "Nous sommes l'armée d'Arkan".

A quoi servent les philosophes? A dire le monde tel qu'il est, et non tel que les idéologies voudraient qu'il soit. La philosophie reste ouverte a l'expérience, elle est une observation de la vie et du quotidien. L'idéologie peut aller jusqu'a refuser la réalité, a tenter de la soumettre a sa propre logique, elle est une force de mort ("Du passé faisons table rase"). Toute certitude est le germe de l'oppression et pour l'idéologie "folle", c'est toute dissidence qui est folie et souvent traitée comme telle. Mais l'idéologie est la grande et fascinante tentation de la philosophie. Toute philosophie est une idéologie en puissance, comme toute paix est une guerre en puissance et le moi introuvable est toujours rattrapé par son ça. "L'idéologie est donc l'Autre de la philosophie, mais l'Autre n'est pas ici extérieur au Meme, il lui est intérieur. C'est le mauvais génie de la philosophie, son double maléfique. On en trouve une représentation métaphorique dans la parabole du funambule de "Ainsi parlait Zarathoustra". Le funambule chemine sur une corde tendue entre deux tours, mais a mi-parcours il est rejoint par un pantin bariolé progressant plus vite que lui derriere lui. Le pantin se met a l'invectiver et réalise un tour de force: il saute par dessus lui. Le funambule perd l'équilibre et chute dans le vide." [Eric Werner]

"L'inconscient individuel ne fonctionne que pour répondre aux besoins du groupe et de l'espece... La transmission généalogique est la transmission de la névrose. En filigrane apparaissent les correspondances entre la petite et la grande histoire. Mécanismes psychiques collectifs et individuels se superposent. Le XXeme siecle voit le déferlement des totalitarismes et des idéologies. Des certitudes implacables remplacent les dogmes dont le temps avait fini par émousser la violence. Or ces catégories de l'absolu, de la vérité, de l'unique, appartiennent au domaine du maternel... Elles excluent le relatif, la tempérance, dont on pourrait dire qu'elle est le temps du pere. Fusion dans l'obscurité de la terre, dans le ventre du parti, dans le corps du dogme, dans l'épaisseur de la certitude. Malgré ses dictateurs et ses guerriers innombrables, il y a dans l'histoire du XXeme siecle moins de peres et moins d'hommes qu'on ne croit. Il y a surtout des enfants qui se croient tout-puissants, et qui jouent a la guerre, en se donnant l'illusion de la virilité ... Ces passages a travers le carnage et la folie, ces déferlements de mort et ces effondrements, sans doute étaient-ils obligatoires. L'histoire ne fait pas d'impasse". [François Vigouroux] pp.235-7

Les nouveaux conflits130

"Il faut prendre garde de juger les sociétés qui naissent avec les idées de celles qui ne sont plus".

Alexis de Tocqueville.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il y eut dans le monde plus de cent cinquante guerres faisant plus de trente millions de morts. Si les guerres entre états ont presque completement disparu, les guerres civiles se répandent, ainsi que les violences de toute sorte, mafias, émeutes avec pillages, banlieues chaudes, réseaux terroristes, guérillas, massacres ethniques, d'ou sont exclues toute regle limitative. La haine de l'Autre s'est portée au cour de la Cité. Des armées déliquescentes se livrent au racket et a la corruption. L'économie criminelle représente plus de 5% du PNB mondial. On assiste a un double mouvement qui s'accentue avec la fin de la guerre froide durant laquelle le risque de guerre nucléaire totale fut un frein au déclenchement de guerres entre les deux blocs, mais a l'ombre de laquelle germaient les nouvelles formes de la guerre:

*Abandons concertés de souveraineté des grands Etats historiques constitués en groupements régis par le libéralisme économique mondial, et développant une idéologie juridique des droits de l'homme et des minorités. Mais ces Etats eux-memes sont de plus en plus atteints par cette dialectique et soumis a une avant-guerre civile interne qu'il leur faut gérer ou tourner vers l'extérieur.

* Eparpillement du reste de l'humanité en micro-états131 cherchant leurs identités, dépourvus de la légitimité des Etats-nations, cultivant leurs particularismes, dont l'essence des relations entre voisins est l'antagonisme, parfois en état de guerre totale, en étroite relation pour leur survie avec les réseaux mafieux, utilisant les armes technologiques du pauvre (chimie, biologie, informatique).

La dialectique eschylienne fait de l'érosion de la légitimité des Etats et de la radicalisation de la guerre un couple infernal. L'utopie juridique des Droits de l'homme et des minorités et de la liberté de conscience, devenue une idéologie, affaiblit l'ordre qu'elle voudrait créer. Cette idéologie du bonheur de l'humanité entraîne la radicalisation de la guerre. L'ere des guerres "clausewitziennes", continuations de la négociation par d'autres moyens, touche a sa fin pour entrer dans l'ere d'une double dialectique eschylienne:

schema

En conclusion

Lacan: "Ce qui est forclos du symbolique se répete dans le réel", mais sous forme hallucinatoire, et quand on est seulement névrosé et non psychotique, l'hallucination c'est l'Autre, défini comme tel pour cela. Or l'Autre n'est jamais que le ça individuel transmis au niveau sociétal.

Freud: "Ce qui ne peut pas se remémorer se répete dans la conduite". J-P Winter, déja cité, écrit qu'il ne s'agit pas nécessairement de la conduite de ceux (A) qui ont enfoui dans leur inconscient ce qu'ils ont "forclos du symbolique", mais celle de proches (B), usant ce qui a été ainsi enfoui par les A comme prétexte pour définir les A comme des Autres a persécuter.

Questions: Que seraient devenus les nazis apres l'extermination des juifs? Les proces de Moscou comme recherche de l'Autre au sein des Memes. La disparition du communisme a-t-elle pour cause la disparition de la structure de classes sur laquelle il prétendait se fonder, et l'impossibilité de définir l'Autre a combattre capable de définir les Memes? Ou était l'ennemi a hair apres la chute du mur de Berlin? Que devenait alors la légitimité de l'Etat soviétique aux yeux de ses citoyens? Que va devenir la structure sociale interne des USA apres l'effondrement de l'ennemi extérieur? La guerre est-elle affaire d'hommes et non de femmes132? La condition de la femme dans la guerre133. Un peuple sans territoire (Juifs avant 1940, Tsiganes,...) peut-il etre en guerre? Quelle est sa dialectique de l'Autre et du Meme, a l'intérieur de la communauté dans laquelle il se reconnaît? Vis-a-vis de l'extérieur? Lien entre risque de guerre et dualité "richesse-pauvreté", dans une société, a l'échelle mondiale. Y a-t-il des guerres justes et d'autres injustes? A quelle morale se réfere-t-on alors? Doit-on, peut-on, en toute circonstance, refuser de participer a la guerre?

Bref: Comment repenser la guerre apres ce siecle ou elle fut l'horizon fatal de la pensée?

Paris, Beliº, été 1999

Bibliographie

Il y a sur la guerre une abondante bibliographie depuis les premiers écrits de l'humanité. La fin de la guerre froide et la montée des régionalismes et de la délinquances, comme les nouvelles technologies de l'information et des armements, ont récemment produit de nombreux livres et articles. Sont cités ici des ouvrages qui ont inspiré la réflexion présentée. Le plus important vient de la lecture des livres et revues marqués d'un astérisque, avec souvent de larges citations de textes a peine modifiés.

Revues :

  1. * Le Magazine littéraire, juillet-aout 1999: "Ecrire la guerre, de Homere a Edward Bond".
  2. * Revue Esprit: - déc. 1998: Violences par temps de paix;

- mai 1999: Les politiques de la haine.

  1. * Revue L'Histoire, n° 230, mars 1999: Dossier le cas Hitler.
  2. Courrier de l'UNESCO: juillet-aout 1998: "Les femmes butin de guerre", pp. 64-66 et juillet-aout 1999, la guerre biologique, pp 12-14.

Livres:

  1. Raymond Aron: - Paix et guerres entre les nations; Calmann-Lévy 1962.

- Penser la guerre, Clausewitz; Gallimard 1976.

  1. Mario Bettati: Le droit d'ingérence, mutation de l'ordre international; Odile Jacob, 1996.
  2. Pascal Boniface: - La volonté d'impuissance, Seuil 1996.

- * Le Monde, 11 Aout 1999: "La balkanisation de la planete".

  1. * Boris Cyrulnik: De la parole comme une molécule, Seuil, 1995.
  2. * Philippe Delmas: Le bel avenir de la guerre; Folio Gallimard 1995.
  3. * Eschyle: Les Euménides.
  4. * Thérese Delpech: La guerre parfaite; Flammarion, mars 1998.
  5. * Sigmund Freud: "Malaise dans la culture. Pulsion et destin des pulsions" (in Métapsychologie)
  6. Hans Magnus Enzensberger: Vues sur la guerre civile; Gallimard 1995.
  7. Julien Freund: L'essence du politique; Sirey, 1965.
  8. * Erich Fromm: La passion de détruire; Robert Laffont 1992.
  9. René Girard: La violence et le sacré; Grasset, 1972.
  10. Jean Hannoyer: Guerres civiles, économie de la violence, dimension de la civilité; Karthala, mai 1999.
  11. Pierre Hassner: "La violence et la paix"; Esprit, 1995.
  12. * Françoise Héritier: De la violence II (séminaires), Odile Jacob, janvier 1999.
  13. Samuel Huntington: Le choc des civilisations, Odile Jacob 1997.
  14. Zaki Laidi: Un monde privé de sens; Fayard 1994.
  15. Jean-François Mattei: La barbarie intérieure; PUF Avril 1999.
  16. * Aldo Naouri: Les filles et leurs meres; Odile Jacob, 1998 .
  17. * Jean Petot: Echec a la puissance, a paraître; "Guerres en perspectives", 1982; Economica.
  18. * François Vigouroux: L'empire des meres; PUF, déc. 1998.
  19. Michael Walzer: Guerres justes et injustes, 1977, Belin, 1999.
  20. * Eric Werner: L'avant-guerre civile; L'âge d'homme, mars 1999.


116 Texte d' introduction a un débat sur "Les nouvelles formes de la guerre" a l'école d'été interdisciplinaire et régionale de juillet 1999 "Le tout et la partie", organisée a Cluj et Beliº (Roumanie) par l'Association Roumaine des Chercheurs Francophones en Sciences Humaines (ARCHES).

117 D'apres [Eric Werner].

118 J-P Winter: in [F. Héritier, pp. 280-285]

119 Freud, "Pulsion et destin des pulsions", in Métapsychologie.

120 "Notre maison est notre peau, elle représente le ventre originel. Elle renvoie aux émotions les plus archaiques et en meme temps les plus socialisées. Elle indique notre relation au monde. On cherche en elle protection, refuge, enracinement pour le futur et on ne cesse d'y revivre un passé encore a vif. On l'achete pour l'avenir et c'est le passé qui nous y rejoint. Les maisons sont des miroirs. Mais nous ne nous reconnaissons pas en elle. La maison est un lieu ou l'on souffre d'amour. Le conflit avec elle exprime moins un désordre que le besoin de le traiter. La maison a une dimension religieuse, elle est toujours un temple, toujours une demeure philosophale. C'est elle, cette petite contraction d'espace-temps, qui assure une relation agissante entre l'ordre cosmique et l'ordre personnel." D'apres François Vigouroux, L'âme des maisons, Ed. PUF, 1996.

121 L. Scubla: "Ceci n'est pas un meurtre ou comment le sacrifice contient la violence", et M. Xanthakou: "Violence en trois temps. Vendetta, guerre civile et désordre nouveau dans une région grecque", in [Françoise Héritier].

122 Que l'on songe aux proces communistes, y compris en France. L'Autre désigné comme l'ennemi interne, l'espion qui introduit l'Autre extérieur dans la Cité, était choisi avec une grande mise en scene au sommet de la hiérarchie des Memes qu'il avait lui-meme contribué a établir, puis sacrifié. Si possible son consentement ajoutait au symbole transmis, comme dans les rites archaiques.

123 D'apres [Eric Werner].

124 Joseph Proudhon ne dit pas autre chose: "Salut a la guerre! C'est par elle que l'homme a peine sorti de la boue qui lui sert de matrice se pose dans sa majesté et sa vaillance. C'est sur le corps d'un ennemi abattu qu'il fait son premier reve de gloire et d'immortalité." Tout y est: le petit garçon, sorti de sa mere peut avoir une érection apres avoir tué l'Autre et assurer sa mere qu'il l'a satisfaite dans son fantasme de vaincre la mort.

125 D'apres [François Vigouroux] pp. 53-64; [L'Histoire n° 230]; [Erich Fromm].

126 C'est un juif, le docteur Bloch qui soigna sa mere avec beaucoup de dévouement, jusqu'a la mort de celle-ci. Hitler lui fut assez reconnaissant pour le laisser fuir...

127 Sous l'inquisition, tout citoyen avait chaque année la possibilité d'assister dans sa ville a au moins trois mises a mort publiques par le feu ou la torture. Mais parfois la "cérémonie" avait des ratées: la foule s'assimilait a la victime.

128 D'apres [Eric Werner].

129 D'apres [Eric Werner].

130 [Philippe Delmas], [Thérese Delpech], [Jean Petot], [Pascal Boniface].

131 Il y avait dans le monde en 1938: 60 états reconnus, en 1963: 108, en 1995: 191.

132 "L'impensabilité d'accorder aux femmes une dignité et une indépendance analogues a celles des hommes et le droit de disposer d'elles-memes est le butoir le plus extreme au fondement de l'identité et de la différence. Admettre les femmes a une égale dignité, c'est saper les soubassements qui font de toute altérité, non une différence reconnue et acceptée comme complément nécessaire du Soi, mais une catégorie rejetée, considérée comme détestable, devant etre dominée, contrainte, et meme potentiellement détruite." [Fr. Héritier].

133 Cf [Courrier de l'UNESCO, juillet 1998]: "Les femmes butin de guerre".