Ioana TUDORA
ABSTRACT
The community seems to represent today a sort of a guaranty for the revival of a golden age. It’s
not a new idea. Almost all urban utopias have found an inspiration in it. At the beginnings of the
modern city, for each and every model that town planners have proposed (garden-city / the village
town / “la ville radieuse”…) all of them have turned around the idea of a reconstructed
community as the “natural way to be” and of a new sense of living together.
As one of the inventions of the new scienc e called “urbanism”, the blockhouse is also a
“concrete” (a word well placed here for both its meanings) form of the human community. There
is still a need to demonstrate whether the block, as architectural form, has had some success in
producing a new human form (the ideal man) with a perfect life in a perfect community.
For the moment, no typical social-form seems to be engendered by the collective habitation…
and the community, or its absence, has rules that escape the logic of architecture.
L’escalier de bloc – il désigne dans la langue roum aine courante à la fois la cage d’escalier (le terme
technique étant en fait « casa scrilor » – « la maison d’escaliers ») et les appartements réunis autours d’une
même entrée et d’un même escalier d’un bâtiment. Donc l’escalier est en même temps dans et dehors
l’habitation. Il est l’espace technique, l’espace du passage vers l’habitation proprement dite et il est aussi
l’habitation, la maison, la colonne vertébrale du bâtiment – il signifie le bâtiment même, la maison.
Même si « la notion de communauté suggère immédiatement des liens forts entre les individus qui
la composent : langue, valeurs, objectifs, affiliation institutionnelle ou organisationnelle, destins communs,
espace partagé » 1, il est évident que dans le cadre des communautés urbaines les liens sociaux sont
nettement moins forts que dans les cadres des communautés « traditionnelles ». Dans l’espace urbain la
communauté est plutôt une image rhétorique, valorisée au niveau du discours dans les quartiers anciens
et dans les « nouveaux villages » ou bien dans le cadre d’autres regroupements spatiaux à statut
« communautaire ». Ces « communautés » sont plutôt des micro-sociétés construites sur la base des
intérêts et des statuts communs, décrivant des es paces recherchés dans la quête d’un sentiment de
sécurité individuelle ou de groupe. Sans définir vraiment des « communautés », des expressions comme
« ce quartier est un village » expriment plus des représentations, des images proposées et désirées que
des réalités sociales.
La question de l’existence de la communauté urbaine est liée au rapport rural-urbain et
communauté-société. Tönnies dessine le modèle de Gemeinschaft et de Gesellschaft en les plaçant dans
une quasi-opposition pre-industrielle-moderne. Gemeinschaft (la communauté) est présentée comme un
modèle primaire, qui peut être considéré comme typique pour l’espace rural, où les relations sont
implicites, personnelles et primaires. Dans le cadr e d’une communauté traditionnelle l’individu est
unique, il n’est pas interchangeable, les relations sont basées sur un consensus a priori. Gesellschaft (la
société) est le modèle de la société moderne, typique pour l’espace urbain ou les relations deviennent
contractuelles, où les individus ont des rôles précis et deviennent ainsi interchangeables. Les relations
1 Nicole Haumont, La ville: agrégation et ségrégation sociales, L’Harmattan, Paris, 1996.
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sont transitoires, plutôt basées sur l’échange et su r des règles qui font le sujet d’un accord que sur la
solidarité humaine. La communauté est regardée par ses critiques comme patriarcale, rétrograde,
fermée, étroite, étouffante, restrictive, « égalisa trice » ; en revanche, pour ceux qui l’ont comme idéal,
elle est « naturelle », chaleureuse, protectrice, confortable, sécurisante, humaine. Bauman met en
évidence, au travers d’une analyse de certaines exp ressions usuelles, que dans l’imaginaire ou dans le
langage commun, la communauté n’est jamais source de déviation, de maux, alors que c’est la société,
qui peut avoir des victimes, qui peut représenter un mauvais milieu, qui est la source de tous les vices2.
Mais quel est le rôle joué par la proximité spatiale dans la construction d’une communauté ? Dans
le monde rural la communauté s’est construite, traditionnellement, sur le lien de sang – la famille ou sur
la co-territorialité. De plus, les deux critères de formation d’une communauté ne sont presque jamais
« pures », car même dans le cas de la « obte devlma » ou « obte de moneni » roumaines, du « mir »
russe ou de la « zadruga » serbe, même si le centre est la famill e, le partage d’un territoire commun, la
propriété commune fait partie de cette construction. De même, le voisinage ( Nachbarschaft) des saxons
de Roumanie (les sas) a gagné au fil du temps une dimension prépondérante ethnique, et ce de cette
manière qu’on parle aujourd’hui des voisinages roumains, saxons ou hongrois 3… Dans l’espace rural, la
communauté traditionnelle a donc toujours une dimension spatiale liée à la manière d’utilises, d’occuper
ou de (re)construire un territoire qui est utilisé en commun.
Dans la ville, les unités de proximité spatiale se mblables au village et à ses parties sont le
quartier et, toujours, le voisinage. Le quartier es t défini administrativement, notamment par les
urbanistes, comme un district à limites précises, co mme une réalité (micro)sociale, comme unité socio-
spatiale d’habitation et statistiquement comme une unité relevante s’il abrite environ 5 000 habitants. Le
quartier est aussi défini par rapport au voisinage car les deux sont, selon Raymond Ledrut des
groupements qui sont définis sur la base de la prox imité ; pourtant le fondement du quartier ne se
trouve pas nécessairement dans le rapprochement spatial, il est déterminé par sa vie sociale, donc il est
plus complexe que la vie collective du voisinage 4. Mais si pour la grande majorité le quartier est bien lié
au lieu d’habitation, pour Robert Park le quartier ré sonne plutôt avec le terme de « milieu », il le traite
comme une « région morale » et pour lui « une régi on morale n’est pas nécessairement celle où on
habite : elle peut être un simple rendez-vous, un li eu de rencontre ». Pour la plupart des urbanistes, la
proximité spatiale est conçue ou plutôt rêvée comme l’essentiel de la vie sociale. Le voisinage est vu
comme l’unité élémentaire de la socialisation, il est considéré par Robert Wood comme ayant la
fonction d’un esprit social (« social mind ») grâce à sa « perfection organique et ses réactions très
fines »5. Si dans l’espace urbain, comme dans l’espac e rural les maisons d’une rue représentent souvent
une unité de voisinage et les faubourgs sont souvent comparés avec les villages les choses deviennent
moins claires en ce qui concerne les blocs. Les habitations se trouvent dans ce cas dans une proximité
très forte mais ce qui est changé dans la structure de l’espace n’est pas tant l’espace privé du logement
mais surtout l’espace public, l’espace d’échange entre les voisins, entre les membres de la communauté.
Si la rue d’un faubourg est semblable avec la rue d’un village, est-ce que le bloc peut-il être comparé,
comme Gérard Althabe l’a fait, avec un « village vertical » 6 ? et est-ce qu’on peut comparer l’escalier du
bloc avec la rue d’un village ou même d’une ville ?
2 Zygmunt Bauman, Community. Seeking Safety in an Insecure World, Blackwell Publishers, Oxford, 2001.
3 Vintil Mihilescu, Vecini i vecinti în Transilvania (Voisins et voisinages en Transylvanie), Paideia, Bucarest, 2002;
voir aussi: Henri H. Stahl, « Vecintile din Drgu » (Les voisinages de Drgu), Sociologie Româneasc, an I, no. 1,
1936 ; du même auteur, Istoria social a satului românesc (L’histoire sociale du village roumain), Paideia, Bucarest, 2003.
4 Raymond Ledrut, Sociologie urbaine, PUF, Paris, 1968.
5 Robert Park, Ernest Burgess, Roderick McKenzie, The City, The University of Chicago Press, Chicago, 1967 (1925).
6 Gérard Althabe, Monique Selim, « La ville, miroir de l’Etat: Bucarest », Journal des Anthropologues, no. 61-62, Paris.
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1. LE BLOC ET SON HISTOIRE
Le bloc, l’escalier du bloc ou leurs variantes ont été interprétés comme le nouvel espace de la
communauté. La nouvelle communauté moderne est censée sauver l’ouvrier, l’Homme (l’homme idéal,
type, ideal-type…) qui est la victime d’une société cruelle et nocive. Le bloc devait devenir le nouvel
espace de la liberté, un espace pour les hommes, géré par eux-mêmes, l’espace de la nouvelle dignité.
C’est ainsi que l’escalier de bloc devient chez Le Corbusier l’espace nécessaire et (presque) suffisant de
la vie urbaine. Dans l’Unité conforme d’habitation l’escalier ne réunit pas seulement les appartements, mais
également le commerce, les services, l’école maternelle, le lycée, le théâtre, la piste, la « piscine »…
Unité conforme d’habitation a Marseille
Mais Le Corbusier n’était pas le premier qui a regardé l’unité d’habitat comme une unité
d’habitation. Le Phalanstère de F ourier n’a pas été seulement le modèle de l’habitation collective qui
devient le centre de la vie communautaire ou sociale, mais le modèle de la vie en soi. La typification fait
partie de la nouvelle culture urbaine. Gropius le met au long du fil logique des choses : s’il y a industrie,
il y a industrialisation, typification, efficacité. Si on a des objets-type, on a des logements type pour des
Hommes type. Les gens ne sont plus, dans la vision du Considerant aussi, des paysans, des ouvriers, des
bourgeois, des aristocrates, ils sont seulement des hommes, des Hommes et pour ceux-ci il n’y a qu’un
seul Palais. Le quartier construit par Tony Garnier à Lyon ( Etats-Unis) n’est qu’un exemple parmi les
utopies devenues réalités. La répétition du même bâtiment autour des espaces libres et des jardins verts
communs est devenue ultérieurement la recette pour tout quartier HLM plus ou moins vertical.
Le quartier Etats-Unis à Lyon
Dans toute cette avalanche des projets urbano-sociaux le cvartal russe n’est que la variante de
l’Est du même modèle progressiste, pour reprendre le syntagme de Françoise Choay, et il est aussi
censé devenir la nouvelle cellule de la ville.
La nouvelle ville est toujours conçue comme un reto ur partiel aux origines – la nature chez Le
Corbusier, le village chez Gropius, mais toujours vers une communauté ou les gens se retrouvent moins
atomisés, moins traumatisés par une société pleine de vices. La nouvelle vie urbaine, égalitaire et
égalisatrice cesse d’être sociale et devient communautaire. La communauté est vue comme la solution –
l’espace social dans lequel l’Homme se trouve à l’ abri, où il retrouve les vrais valeurs, la fraternité
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inconditionnée, la sécurité, la tranquil lité. Comme Zygmunt Bauman le montre 7, la communauté est
aujourd’hui un autre nom pour le paradis perdu qu’on essaie (trop) de retrouver. On rêve tous d’y être,
à l’abri, en sécurité, à la chaleur, mais une fois que on s’y trouve, il se fait vite sentir le manque de
liberté, de choix, d’indépendance, le soi-même. Car il y a un prix à payer.
2. AMÉNAGER LES BLOCS ET EMMÉNAGER AU BLOC…
Du village…
… au bloc… en bloc
Le bloc est le symbole de la modernité, il est venu au monde avec l’industrialisation forcée et il
représente l’urbanisation. Il a été considéré comme « la réponse à tous les problèmes » après la guerre :
pour remplacer les villes disparues et pour loger les mi lliers d’errants. Il devient la ville même dans la
politique socialiste. « … Aujourd’hui, ils (les ouvriers) doivent commencer la construction du seul
bâtiment dans lequel la classe prolétaire entière ‘du coin’ déménagera pour y habiter. La maison
commune se lèvera sur tous les jardins et cours de la ville, et les petites maisons individuelles resteront
désertées, seront impénétrablement couvertes par le règne végétal et là les gens du temps oublié vont
arrêter, peu à peu, de souffler » 8. Le bloc, le bâtiment commun est le symbole de la nouvelle vie dans la
nouvelle ville.
L’architecture et l’ingénierie ont été appelées à répondre aux nouvelles demandes. Et les villes se
sont couvertes par de nouveaux quartiers, des villes en soi. Les pays se transforment dans des forêts de
blocs gris ; après cette invasion du béton, en Roum anie environ 80% de la population urbaine vit « au
bloc ». Mais l’architecture n’a pas toujours eu la même réponse à la même demande. Dans la majorité
des villes roumaines on peut déceler deux étapes d’urbanisation socialisto-communiste. Les blocs des
années ‘50 ont repris le modèle soviétique ou les modèles soviétiques. Le fameux cvartal – construit
autour d’une cour intérieure, parfois même « monumentale », avec « les colonnes auquelles le peuple a le
droit » (Lunacearski) et qui cachent derrière les murs des appartements « minimaux » pour ne pas dire
minuscules – est repris dans des variantes plus modestes à Bucarest ou ailleurs. A Bucarest on le trouve
à l’entrée du quartier Vatra Luminoas, à Panduri ou au début du Drumul Taberii. Une autre variante
7 Zygmun Bauman, op. cit., passim.
8 Andrei Platonov, Moscova cea fericit i alte nuvele, Ed. Polirom, Iai, 2003 (c’est moi qui traduis en français)
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qu’on trouve en Roumanie est le quartier stalinien – Floreasca par exemple – des quartiers de petits
blocs de 2-3 niveaux qui entourent des espaces vertes censés être des espaces communautaires mais qui
sont maintenant transformes plutôt dans des jardins priv(atis)és ou occupés par des garages. Les blocs
sont les enfants des premiers plans quinquenn aux – 1951-1955, 1956-1960. Dans les premières années,
les résultats sont modestes – seulement 2 500 ap partements dans le premier quinquennal, alors qu’en
1978 on arrive à 30 000, mais dans cette période la « dimension sociale » ou communautaire est
toujours présente dans les ensembles, parfois plus que la dimension locative proprement dite.
Des cours, des jardins…
Plus tard, dans la période d’ouverture et de « modernisation » du pays – à savoir dans les années
‘60-‘70 – l’urbanisme glisse en même temps en d eux directions opposées : d’un côté il reprend les
théories modernistes, là où elles parlent de type, typification, industrialisation et d’un autre côté il oublie
toute question communautaire en faveur de l’efficacité – voir de la densité. Les plans des architectes,
conçus selon des règles plus ou moins scientifiques, sont changés par les autorités locales et les larges
espaces initialement prévus entre les blocs se re trouvent ainsi occupés par d’autres bâtiments. Les
nouveaux ensembles n’ont plus les grands espaces verts d’antan (sauf les premiers comme Balta Alb ou
Drumul Taberei) ; ils entassent les blocs l’un contre l’autre dans une masse grise informe et deviennent
des villes dans la ville, des dortoirs énormes qui logent de 200 000 à plus de 300 000 habitants.
… des arrières…
C’est avec cette période que la vision sur le bloc est changée radicalement. Si jusque dans les années
60 le bloc a pu être considéré par certaines familles comme une solution civilisée d’habitation, une fois que
cette agglomération étouffante envahisse les villes et même les villages (un village avec deux-trois blocs était
appelé « village en cours d’urbanisation » 9, habiter dans un bloc est de venu synonyme d’habiter dans un
camp de concentration, d’être effacé, d’être oublié dans et par la ville. L’escalier du bloc devient ainsi le seul
espace de passage entre la « maison » et la « rue » (en fait des allées grises et mortes dépourvues de tout
signe de vie collective, communautaire ou sociale). La porte d’entrée – difficile à déceler parmi les autres,
toutes pareilles – devient d’un lieu d’accueil un simple numéro. Arriver chez soi suppose ainsi savoir bien
compter les entrées dans le bloc pour ne pas louper la bonne.
9 Vintil Mihilescu (coord.), « Blocul între loc i locuire » (Le bloc entre lieu et habitation), Revista de cercetri sociale,
Bucarest, nr.1/1994.
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3. LES GENS ET LEURS HISTOIRES
Qui y habite ? Le bloc… Pour les uns, un tombeau, pour d’autres, le rêve. Dans les premières
années du communisme le bloc fut considéré comme l’intrus, comme l’inacceptable mais aussi comme le
refuge devant les vagues de nouveaux arrivés qui o ccupaient les chambres libres des grandes maisons. Il
était considéré tantôt un prison en béton tantôt comme la source du nouveau confort urbain – c’est le
bloc qui offre l’eau courante et surtout l’eau chau de, les toilettes « à l’intérieur », la canalisation et
même l’électricité dans certains quartiers…
Si pour les gens ordinaires le bloc était refuge, prison ou l’habitation depuis longtemps rêvée, pour
le pouvoir le bloc a représenté un système de « reconstruction sociale ». Il était devenu un moyen grâce
auquel la société a été recomposée, restructurée, les contacts contrôlés, les réseaux sociaux construits
ou détruits selon les besoins politiques du moment. « Le bloc des appartements communistes est très
similaire avec un mélangeur, si on pense à la façon dans laquelle il était utilisé par le parti les chefs de
l’Etat. Après presque trente ans de pratique politique anti-élitiste, chaque bloc est un mélange bizarre de
population ayant les origines les plus diverses » 10. A Cluj, par exemple, il fut l’instrument par lequel les
communautés ethniques hongroises ou gitanes ont été détruites, dissoutes dans une masse de
Roumains. A Bucarest il a été l’instrument de dissolu tion de la qualité de citadin même, de broyage des
communautés urbaines, des quartiers résidentiels et des mahala. A Constana il a effacé les quartiers
turcs… La plupart des gens habitant les nouvea ux blocs étaient les nouveaux employés de la nouvelle
industrie communiste. Les paysans sont souvent violemment arrachés de leurs villages pour devenir des
« citadins ». Un devenir qui ne se passe pas du jour au lendemain…
Le bloc se trouve ainsi au cœur même de toutes les tensions sociales. On l’évite ou on le cherche,
on est forcé d’y habiter ou d’être voisins. Les nouveaux arrivés sont mal vus, les anciens habitants aussi.
Les citadins restent dans leurs maisons avec des jardins qui se cachent derrières les blocs où s’entassent
des paysans qui viennent juste de quitter leurs jardins et leurs maisons.
… et derrière… le passé
Parallèlement aux efforts du parti communiste d’ef facer les vieilles structures sociales et de les
remplacer avec des nouvelles, se développent par réaction des systèmes opposés, fondés sur des
échanges qui avaient comme but la reconstruction des réseaux traditionnels. Les échanges
d’appartements (déjà difficile à obtenir – listes d’attente, pots de vin, pistons…) ont eu comme résultat
le regroupement de la famille (déménager près des parents, des cousins, d’une tante qui peut s’occuper
des enfants) et du village (les gens qui proviennent du même endroit cherchent à se regrouper dans la
même zone de la ville, dans le même quartier, bl oc, reconstituant ainsi l’ancien voisinage). Un autre
groupement typique du bloc communiste est celui des collègues de travail, mais qui est plutôt le résultat
du système de répartition des habitations – chaque usine ou institution recevait un bloc, un escalier de
bloc pour les distribuer à ses employés. C’est notamment à travers les entreprises que s’est donc
effectué le regroupement familial ou villageois, car souvent, surtout dans les nouvelles villes industrielles,
10 « The Eighties in Bucharest », in Martor, no. 7/2003, Bucarest, p. 30
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nées à toute vitesse autour d’une nouvelle usine, les membres d’une famille ou d’un village migraient
vers la ville pour travailler dans la nouvelle gi ga-industrie. Une autre communauté qui se retrouve,
contre son gré, dans les escaliers du bloc est celle des démolis, des gens qui provenaient de la même rue
ou du même quartier et qui avaient perdu leur s maisons sous les bulldozers qui construisaient
l’uniformité de l’avenir. Ils ont été obligé d’un seul coup à s’entasser dans des blocs, à peine terminés ou
même pas, aux confins de la ville ou bien, pour ceux qui avaient habité les mahala effacées par la vague
de la modernisation, parfois au bout même de leur propre rue disparue sous un bloc qui cache derrière
lui le cadavre du vieux faubourg.
Des maisons, des ex-maisons
La dernière forme d’identité collective se c onstruit à partir des années 90, selon le modèle
américain, autour de la musique de « ghetto de Dâmbovia », branchée MTV, qui a donné un nouveau
sens au quartier, devenu lieu d’une nouvelle « société-derrière-le-bloc ». C’est une forme
communautaire typique pour les nouvelles générations nées dans le quartier, générations visées aussi
par les projets d’art urbain, comme ceux de HAR 11 et que l’on retrouve dans les discours des
architectes et des urbanistes en tant que générati ons qui peuvent et qui doivent assumer ces espaces,
afin de les approprier et enfin de les urbaniser. P ourtant, pour ces générations le modèle semble venir
de la nouvelle banlieue riche, occupant les jolis paysages des abords de la ville, de la communauté
privilégiée qu’elle enferme derrière des clôtures et des caméras de vidéosurveillance. Il se trouve ainsi
que le futur de ces quartiers de blocs ne semble guère plus rose que son passé ou que son présent.
4. LA COMMUNAUTÉ ET L’ESCALIER DU BLOC COMMUNISTE.
L’habitation dans le bloc communiste a été marquée pour longtemps par une sorte d’immobilité
spatiale. Une fois l’ayant obtenue, et dans des cas heureux l’avoir échangée avec une autre meilleure
pour la famille, l’habitation semblait être donnée « une fois pour toutes ». Le rêve suprême était
d’échanger un appartement de trois pièces contre un autre de quatre ou un appartement de quatre
contre deux à deux pièces chacun… Qu’on gard ait l’appartement ou qu’on bougeait donc, la vie
(l’habitation) tournait « en bloc », d’où parfois une sorte de solidarité entre les habitants. Une fois logés,
le plus souvent en même temps ou sur une très br ève période, les tout nouveaux voisins cherchaient à
(re)construire un habitat « normal ». La construction d’une « communauté » allait de pair, le plus
souvent, avec la construction de sa propre individualité dans le cadre du groupe. Les efforts de
personnaliser l’espace de l’habitat, de le transformer dans une habitation , supposaient forcement
l’interférence avec les autres, le partage, les délim itations, les négociations. Les relations de voisinage
deviennent ainsi des relations de co-habitation, d’où surgissent des règles implicites d’utilisation des
territoires communs – les jardins derrière les blocs, le trottoir devant l’entrée, l’occupation des friches
restées entre les bâtiments… La territorialisation – la construction et la pratique d’un territoire–
implique une stratégie locale, un « projet transactionnel » 12, difficilement réalisable même dans des
conditions « normales ». La territorialisation des blocs communistes était rendue encore plus complexe
11 Le programme « Habitat et Art en Roumanie » développé par des artistes plastiques et architectes roumains.
12 Raffestin, cité par Octavian Groza, « L’espace public et l’espace prive dans les villes roumaines », Les Cahiers du
Séminaire « Sciences Humaines », Centre Culturel Français, Bucarest, juin 1996.
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par le statut de propriété car la propriété privée était bannie a priori, mal vue, tout appartenait à tout le
monde et l’Etat était le propriétaire de tout. La responsabilité ne revenait donc à personne. L’espace
était occupé et transformé en « propriété » soit par le premier venu, soit par ceux qui « le voulaient
bien ». La règle est locale, négociée discrètement. Tout s’y passe à l’amiable.
Car au-delà de l’espace à partager et à négocier il y avait aussi les biens de tous les jours. Dans le
cadre de l’habitation collective, et pas seulement durant la période communiste, on a toujours vu naître
des structures sociales « de résistance », à savoir des réseaux de relations qui ont eu comme rôle
d’assurer la vie de tous les jours. On pouvait pa rler des « communautés » dans lesquelles chaque
individu avait son rôle précis – le charcutier, le médecin, la femme qui travaille dans le magasin
alimentaire d’à côté, le prof de l’école du quart ier… Ce système de relations d’entraide permettait une
vie entièrement « au noir » : de la viande contre un service pour un copain qui assure l’accès dans un
atelier de réparations auto, une bonne note à l’école pour le gamin en échange des contraceptifs, un kilo
de fromage de campagne contre l’ordonnance pour les médicaments nécessaires aux parents… Il y avait
des réseaux « internes » au bloc et des réseaux « externes », soit avec les gens de la famille restés à la
campagne – source d’aliments, soit avec les voisins habitant encore « à la cour », c’est-à-dire dans les
maisons cachées derrière les blocs – source de biens et vivres qui manquaient sur le marché officiel… Il
s’ensuit que ces réseaux étaient plutot de communautés fondées sur des structures d’intérêts individuels
que sur des intérêts de groupe, d’où une extrême diversité de l’organisation socio-spatiale ainsi
produite. En sorte que, si l’on regarde les différents escaliers des blocs on s’aperçoit qu’on ne retrouve
jamais les mêmes relations entre leurs habitants. Comment certains arrivent-ils et d’autres n’arrivent pas
à mettre en place une certaine forme de communauté ?
Un début d’explication peut être trouvé à travers les observations sur le terrain, où s’impose le cas de deux
premières catégories qui semblent avoir la capacité de créer une sorte de communication étroite entre les voisins :
les retraités et les enfants. Pour les premiers, l’habitation est l’espace central, sinon unique, de leur vie quotidienne et
la plupart de leur vie se passe autour de l’habitation. Comme Hannerz observait « la vie de quartier tourne donc
autour d’individus qui s’y engagent intensément, mais qui ne participent guère à d’autres domaines de la vie urbaine ».
Et c’est toujours Ulf Hannerz qui parle des enfants comme les seuls citoyens qui marquent, qui forment encore ce
type de société qui est le voisinage 13 car ce sont justement les enfants qui ne partagent pas seulement l’espace de
l’habitation, les petits squares autour des blocs ou les parcs de quartier mais aussi l’école, la route de l’école à la
maison. A la limite, on peut considérer que la structuration de l’espace socio-urbain a (ou a eu) comme centre les
écoles. Tout en faisant partie des maillages officiels de la ville, le rôle des écoles dans la structuration territoriale est
bien plus fort que le rôle des autres mailles abstraites (les commissariats de police, les circonscriptions électorales, la
poste, les aires dessertes par les polycliniques de quartier, l’école), dont l’influence sur la structure sociale des divers
espaces est presque toujours très faible, voire inexistante. Le seul maillage significatif reste donc le maillage scolaire,
qui peut avoir un rôle important dans les configurations de certains territoires/territorialisations cohérentes au niveau
du quotidien. Et cela parce que souvent le seul point commun pour les habitants ou pour les personnes ayant habité
un certain quartier reste l’école fréquentée durant l’enfance et l’adolescence. La territorialité du groupe d’amis est
construite et résiste ainsi autour de ce point central représenté par l’école. Pour une bonne partie des citadins,
d’ailleurs, dans les discussions courantes, « le quartier » désigne le quartier d’enfance et non celui qu’on habite à
présent. Vintil Mihilescu remarqua aussi « le fait qu’il y a de vraies structures de voisinage engendrées et
développées par la ‘circulation des enfants’, généralement du même âge, entre les familles de leurs parents » 14. Il y a
bien sûr d’autres groupes « spécialisés » qui se forment autour du bloc – ceux des femmes, des hommes, des ados…
mais qui ressemblent aux groupements qu’on trouve dans les voisinages ruraux, dans les vieux quartiers, dans les
faubourgs, et donc ils ne sont pas produits par la vie au bloc, dans le cadre de l’habitat collectif.
13 Ulf Hannertz, Explorer la ville, Minuit, Paris, 1983.
14 Vintil Mihilescu (coord.), « Blocul între loc i locuire », ed. cit.
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… les hommes…
Les enfants devant le bloc et dans le centre de la vie du bloc…
… les femmes…
…les vieux…
… et les jeunes
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5. LA DISSOLUTION DE LA COMMUNAUTÉ DANS LA PÉRIODE POST-COMMUNISTE
Le changement de régime a induit toute une séri e de changements dans la structure sociale de la
ville. Les ex-ouvriers « égaux en droits et en salair es » sont devenus des employés des entreprises
multinationales ou des chômeurs, ils sont restés ouv riers ou ils sont devenus les « petits patrons » de
leurs propres affaires. Les enfants ne fréquentent plus l’école de quartier mais l’école allemande, anglaise
ou « la bonne école » du quartier voisin… Les jeunes se retrouvent moins dans des groupes
« mystiques » pour écouter de la musique. Il est au jourd’hui plus facile de trouver de différentes
musiques, dans le magasin, sur l’Internet, les goût s deviennent éclectiques et remplacent les anciennes
dichotomies de style « rockers »/« depechers »15 et l’ambiance « religieuse » autour d’un nouveau ou
même d’un vieux disque a changé.
Le bloc a une nouvelle vie. D’un espace fermé et gris il devient une sorte de rue verticale. Il ne
mélange plus seulement les gens qui habitent da ns ses appartements ; il mélange les appartements
mêmes avec des bureaux privés, avec des boutiques improvisées dans les appartements au rez-de-
chaussée, avec des cabinets médicaux ou bien avec des sièges des différentes firmes. Au milieu de tous
ces changements se trouve la nouvelle migration urbaine. Une migration qui a été rendue possible par le
nouveau marché immobilier et par l’accès à la propriété des appartements, des maisons ou des terrains.
Dans leur grande majorité, les anciens locataires des blocs se transforment en nouveaux propriétaires
d’appartements grâce à une loi votée en 1990 par le nouv eau pouvoir, qui permettait l’achat de tous les
appartements habités à l’époque à de très bas prix. C’ est l’explication du fait qu’aujourd’hui, à Bucarest,
plus de 80% des logements sont la propriété privée de leurs habitants. Dans toute cette fourmilière on
peut pourtant saisir quelques mouvements majeurs :
– le départ vers leurs régions d’origine de la plupart des anciens migrants « clandestins » du
communisme, car ils avaient la situation la plus inst able et la plus soumise aux rigueurs de la
transition (sans logement officiel, sans lieu de travail fixe, sans qualification) ;
– le départ des ménages et des personnes fra gilisées par les changements socio-économiques.
Dans ce cas de figure on peut saisir l’existence de plusieurs catégories d’émigrants. Il y a d’abord
les « réfugiés » économiques, c’est-à-dire les chômeurs des grandes plates-formes industrielles,
d’origine villageoise, qui, profitant de la restitution des terres, ont quitté la ville pour leurs villages
pour se construire une autre vie. Il y a ensuite les « auto-exilés », principalement des personnes
relativement âgées qui ont quitté la capitale pour leurs villages d’origine et pour les maisons de
leurs parents, laissant l’appartement en ville à leurs enfants.
– l’arrivée dans les grandes villes et surtout à Bucarest des jeunes à haute qualification, attirées par
les opportunités et les offres du secteur tertiaire (appartement de fonction, bon salaire, voiture de
service…) ;
– l’arrivée de migrants internationaux d’Asie Orientale et du Sud (Chine, Pakistan, Irak), du Moyen
Orient (Palestiniens, Libanais, Jordaniens), d’Afrique et de l’ex-URSS.
– l’afflux d’une population occidentale vers les grandes villes, essentiellement des hommes
d’affaires, toujours autres mais toujours avec les mêmes comportements socio-spatiaux, c’est-à-
dire la tendance de s’installer au centre villes, m ais de ne pas utiliser ces espaces d’habitation (les
quartiers/l’espaces résidentiels) comme ressource sociale 16 au profit d’autres espaces publics non
reliés aux structures du voisinage.
Le résultat de toutes ces dynamiques sur la ville est peu clair. On assiste à la construction des
« entre-soi », soit de type « nouveaux riches » qui s’enferment dans leurs banlieues aux abords de la
15 Les fans du groupe Depeche Mode ou de la musique pop des années 80 en général. La « dichotomie » entre les
« rockers » et les « depechers » a été aussi observée par Vintil Mihilescu (Mihilescu, 1994)
16 Selon Raymond Ledrut (1868) ou Ulf Hann erz (1983) le quartier est défini, du point de vue de sa vie sociale,
comme un « groupement », comme un es pace (limité et avec une personnalité distincte) qui structure des relations
de voisinage mais qui suppose aussi une vie sociale qui se développe autour d’un ensemble d’équipements. Ces
équipements représentent le noyau de la vie sociale et individualisent le quartier.
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ville, soit de type « ghetto » qui se mettent en place dans les quartiers de blocs les plus délabrés, autour
des logements sociaux, d’ailleurs peu nombreux. Malgré ces dynamiques, la mixité profonde de l’espace
urbain, qui a caractérisé les grandes villes, ne semble pas touchée. Les blocs et leurs locataires ont affaire
à des situations des plus différentes. Il y a des blocs où aucune famille n’a déménagé ou emménagé, il y a
des blocs où plus de la moitié des habitants ont déjà changé et il y a des blocs où la plupart des gens n’y
restent pas plus de trois ou quatre ans et parfois moins. Les espaces sont les nouvelles sources de
disputes entre les anciens et les nouveaux propriét aires. Qui plus est, les nouveaux installés marquent
leurs espaces de façon plus nette que les anciens. Les portes sont plus grandes, plus solides et soignées,
les alarmes plus imposantes et surtout très visibles.
Des territoires marqués
D’un autre coté, la liberté… imperturbable da ns sa nouveauté et sa fraîcheur… donne l’occasion
d’exprimer tout ce que on n’a jamais pu exprimer. Les appartenances ethno-folkloriques, les convictions
politiques, les passions et les amours… deviennent toutes des présences dans le paysage urbain, des
affirmations fortes sur le mur neutre et « gris fonctionnaliste » d’antan. La technologie est aussi présente
– l’antenne parabolique, les nouveaux systèmes de clôtures, les lumières dynamiques, les alarmes.
Des vieux et des nouveaux balcons…
Un autre phénomène qui produit des changements dans la structure sociale de l’escalier de bloc
est la « publification » de l’espace. Si les espaces verts autour du bloc sont soumis à une privatisation
(l’occupation abusive par des garages, jardins, dépôts de s certains locataires) l’espace intérieur du bloc
subit une transformation dans le sens inverse. Les appartements sont transformés dans des boutiques,
des petits magasins non-stop – surtout au rez-de-chau ssée, mais aussi dans des cabinets médicaux, des
bureaux d’avocats ou d’architectes, des notariats publics… services qui montent parfois jusqu’au dernier
étage. Seulement que le public vers lequel s’ouvrent ces nouveaux espaces de l’escalier n’est pas celui
des habitants ; il s’agit d’un public de passage, qui n’appartient pas aux mêmes rythmes quotidiens
toujours en cours, comme avant, dans le même ba lancement métro-boulot-dodo. L’escalier devient une
rue verticale, un boulevard plein d’inconnus dans lequel la communauté se fond encore davantage. Les
enfants partagent l’espace commun de moins en moins, tout comme la route pour aller a l’école, alors
que les vieux se retirent en silence devant la télé…
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Des entrées d’escaliers…
Au-delà de toutes ces actions ou de ces non-actions, rien et personne ne peut vraiment définir
l’escalier du bloc. Il reste encore, aujourd’hui comme avant, un espace également indéfini et
indéfinissable… On trouve des escaliers gris et délabrés, abandonnés comme des no man’s lands, perdus
entre « l’espace de tous » et « l’espace de personne ». D’autres fois ils sont simplement ignorés par
certains et occupés pas d’autres, ni oubliés donc, ni regardés. On trouve aussi des escaliers soignés, mais
sans prétention, seulement propres et lumineux, vi des mais aimables, des espaces neutres et cliniques.
On trouve également l’escalier « assumé », pa r la communauté qui y habite, par un groupe de
« gospodari » ou bien par l’administrateur du bloc tout seul. Dans tous les cas, l’escalier devient, comme
la façade du bloc, le terrain propice à l’expression de la personnalité des habitants ou de l’habitant – les
moyens d’expressions restant réduits… – les mêmes pages de vieux calendriers, les plantes, les miroirs,
pour le mieux des lambrissages. Parfois, il y a même des dessins des enfants, les inscriptions des
adolescents… l’escalier du bloc reste un espace d’une neutralité tolérante. Toute forme tentant
d’assumer l’espace peut s’y retrouver. Sans règles, sans recettes.
… et des cages (des maisons) d’escaliers
L’escalier du bloc reste l’espace de transit où se ferment et s’ouvrent les portes derrière
lesquelles s’abritent les chez-soi construits par l’adaptation de l’homme à l’Homme ou par les
dissolutions de l’Homme en hommes.
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